Critique : La Commune (Paris, 1871)

Nicolas Thys | 7 novembre 2007
Nicolas Thys | 7 novembre 2007

La Commune de Peter Watkins, réalisé en 2000, ressort dans une version raccourcie à 3h30 pour une diffusion en salles plus aisée. Si malheureusement 2h15 de ce qui est certainement le plus exaltant documentaire de ce début du vingt-et-unième siècle sont coupées, le public aura tout de même la chance d'assister à ce qui est bien plus qu'une simple leçon d'histoire : une remise en cause de l'écriture d'une partie honteuse et occultée de notre histoire, une critique en règle des mass médias et des abus scandaleux d'une communication monodirectionnelle, et une mise en perspective quasi prophétique de cette courte période avec notre actualité proche.

L'originalité de Watkins est de reconstituer cette période dans un hangar gigantesque avec des comédiens essentiellement amateurs qu'il a recruté de toutes les manières possibles : dans la rue, parmi ses amis jusqu'aux sans-papiers réfugiés dans les églises parisiennes, et qu'il leur a fait faire un travail historique autour de ce début de guerre civile pour qu'ils puissent eux-mêmes développer leur personnage et leur propre regard rétrospectif autour de l'évènement. Un fil conducteur mais aucune parole forcée.

Le cinéaste expose également son dispositif, n'hésitant pas à montrer l'artificialité des décors. Son film n'est pas la Commune mais UNE représentation de la Commune. Contrairement à un cours, Watkins impose au spectateur d'être actif, de réfléchir sur l'Histoire et non de se laisser hypnotiser, ce qui d'ailleurs n'enlève nullement au film sa charge émotionnelle. L'Histoire, pour le cinéaste, est un enjeu critique majeur et elle appartient au peuple qui doit pouvoir s'en faire une opinion personnelle sans pour autant oublier les faits.

Enfin, réalisé plusieurs années avant les émeutes de banlieue de 2005 et leur prise de contrôle par des médias imposant une lecture unique, le film ne semble pourtant parler que de ça : révolte et répression à travers la petite lucarne. Watkins, fidèle à lui-même, introduit quelques anachronismes adroits comme une télévision versaillaise avec deux journalistes chargés de relater les faits principaux et d'interviewer les acteurs de la révolte. Aussi étonnant que cela puisse paraître on se prend très vite au jeu et on perçoit clairement certains mécanismes manipulatoires utilisés par les médias.

 

NB : Signalons que le nouveau montage a été effectué par Watkins lui-même. Pour un aperçu historique de la Commune ici et . Ceux qui aimeraient prolonger l'expérience peuvent lire Peter Watkins, Media crisis, Paris, Homnisphère, 1997.

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