Critique : Roberte

Par Nicolas Thys
30 octobre 2007
MAJ : 29 mai 2024
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Roberte est un film étrange, si singulier dans le paysage cinématographique qu'on le croirait tout droit sorti du fantasme d'un cinéaste fou. On peine à le cerner dans son intégralité à la première vision, il entretient le mystère et ne le livre que par pincettes après l'avoir vu et revu. Et impossible de s'en lasser tant il perturbe, agace, désoriente et attire. Ce film ne vient de nulle-part sinon d'une rencontre entre Pierre Klossowski, coscénariste et interprète, l'un des écrivains majeurs du 20ème siècle, et Pierre Zucca, coscénariste et réalisateur de quelques œuvres stylisées, irrévérencieuses et magnifiques.

Rien ne tient debout ici. Tout pue l'artificialité, la théâtralité et la picturalité à plein nez et pourtant difficile de faire plus juste, plus beau et sordide portrait d'une bourgeoisie décadente et hypocrite ou devrait-on dire contradictoire car elle n'a conscience de rien. Fausse prostituée volontaire et non rémunérée Roberte n'a rien de la Deneuve de Belle de jour. Travaillant dans un comité de censure qu'on ne voit jamais, demeurant dans un palace au fin fond d'une cours parisienne aux pièces aussi colorées et imposantes que vides – un meuble, deux au plus – elle est mariée à un vieux professeur qui ne désire en fait qu'être le metteur en scène de ses infidélités afin de les inscrire sur des toiles grotesques aux vagues inspirations mythologiques.

Le film voit se succéder des actions inattendues : un repas où seules quelques moules sont servies que d'ailleurs personne ne mange, des visions scabreuses d'une femme d'âge mur, scènes muettes aux intertitres décalés, un Paris années 80 quand le film se déroule en 1958, une voix ombragée qui éclate, des rideaux qui ne cessent de s'ouvrir et de se refermer sur un univers incompréhensible : théâtre des manières éhontées d'individus qui se révèlent peu à peu, et des couleurs vives et crues : rouge, jaune et vert se disputant avec une musique jazzy moderne trop forte l'intériorité de personnages incapables de s'émouvoir.

Qu'est ce au juste que Roberte ? Chef d'œuvre curieux et obsédant, comme le pensait Roland Barthes, ou monument tape-à-l'œil et ridicule à l'humour absurde ? Un peu des deux certainement et c'est bien là ce qui fait sa grandeur et son génie.

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