Nosferatu : Critique

Julien Foussereau | 26 octobre 2007
Julien Foussereau | 26 octobre 2007

Inutile de tergiverser, Nosferatu, une symphonie de l'horreur par Murnau est LE film ultime de vampire parce qu'il a projeté sur un écran le mythe pour ce qu'il est réellement : un prédateur, malade, condamné par sa condition, à aspirer la vie d'autrui pour subsister. Sans fioriture. Sans romantisme non plus. A ce titre, l'explication de sa résistance aux outrages du temps est double. 

Premièrement, n'en déplaise à feu la veuve Stoker qui a cherché par tous les moyens à détruire les copies en circulation, Murnau est le seul avec Werner Herzog (dans une moindre mesure) a avoir su transcender sur pellicule l'esprit maléfique du roman matriciel. En effet, le changement des noms, des lieux et le passage sous silence des référents chrétiens mis à part, on a bien affaire à une adaptation de Dracula... jusqu'à la narration rythmée par les correspondances postales et les journaux intimes. Cependant, il est moins question dans Nosferatu d'une lutte entre le Bien et le Mal que d'un conflit entre l'homme civilisé et sa bestialité latente. Point de cape en velours, de séduction cannibale ou de fripes en provenance d'Orient comme chez Coppola, ici, le comte Orlock est véritablement un cadavre ambulant, repoussoir au genre humain. Max Schreck demeurera pour l'éternité ce grand échalas blafard dentu, aux doigts démesurément crochus, affublé d'oreilles démoniaques. Autant être clair, toutefois, des yeux blasés comme les nôtres qui en ont vu d'autres depuis ne sursauteront pas devant ces méfaits. Sa force est ailleurs, pas tant dans l'effroi primaire que dans ce malaise persistant qu'il suscite.

 

 

Ce qui nous conduit au deuxième point. Le coup de génie de Murnau repose sur sa volonté de placer Nosferatu à la croisée incertaine de deux chemins, entre expressionnisme et réalisme dans le sens où une grande partie du tournage s'est déroulée dans des décors réels. Excellemment secondé par son directeur artistique Albin Grau (un obsédé de sciences occultes), Murnau nimbe ses paysages, qu'ils soient ruraux ou urbains, d'une dimension anonyme, conférant par là même à son récit une universalité salutaire. A partir de là, le comte Orlock devient la métaphore idéale de n'importe quel monstre à visage humain (tueur, violeur, cannibale, etc.). Voilà pourquoi Nosferatu demeurera pour très longtemps encore le fleuron du genre... un statut qui peut aussi se comprendre par son mutisme. Il serait très difficile, pour ne pas dire impossible, de le remaker à la lettre à cause d'une grammaire actorielle et d'un emploi des cosmétiques proprement obsolètes.

 

 

Ne pas voir cette affirmation comme un signe manifeste de condescendance. Ce serait très malvenu lorsque l'on se penche sur la mise en scène résolument avant-gardiste de Murnau. Au-delà de scènes inoubliables comme la sortie du cercueil de Orlock raide comme un piquet (brrr !!), le cinéaste allemand emploie avec maestria le montage alterné (commun aujourd'hui mais plutôt rare en 1922), fait montre de précision dans la composition de ses cadres (dans les lisières pour être plus précis) ; quand la lumière expressionniste de l'acte 5 ne nous marque pas durablement avec cette ombre gigantesque d'une main saisissant à pleine poignée le cœur de sa proie. Murnau n'hésite pas non plus à recourir à des trucages aussi simples que redoutablement efficaces, qu'il s'agisse des variations de vitesse de défilement (la calèche maléfique se déplaçant comme un rat), de faire jouer Schreck à l'envers ou le stop motion accentuant la démarche lugubre du vampire. 

 

Résumé

Si Nosferatu est parvenu à survivre plusieurs générations, ce n'est pas un hasard tant son imagerie cauchemardesque vagabonde inlassablement dans notre mémoire pour mieux la hanter.

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