Critique : Les Espions

Nicolas Thys | 23 octobre 2007
Nicolas Thys | 23 octobre 2007

Retour aux sources pour Lang. Les Espions, réalisé en 1928, quitte le sublime et l'opulence des décors et de la mythologie de Metropolis ou des Nibelungen pour revenir à un milieu plus proche de celui de Mabuse et des Araignées, urbain et davantage axé sur un univers proche du notre, à première vue. Une histoire d'espionnage, comme l'indique le titre, mais le réseau décrit n'est pas commun, sous-terrain, discret et pourtant plus organisé qu'une grande entreprise. Il ne s'agit pas d'une nation, plus facile à contrôler et à identifier mais d'une force économique parasite, qui s'insère dans les rouages de l'état pour lui nuire.

Ici, comme souvent chez Lang et le cinéma germanique des années 20, tout se joue à travers des contrastes poussés à leurs limites maximales. L'épure totale et ultra géométrique du bureau immaculé du chef souverain des espions, qui économise également ses paroles pour communiquer avec le langage des signes, s'oppose au faste des bureaux et des appartements des services secrets richement fournis en babioles inutiles, et à la débauche de gestes et d'expressions faciales de ses membres, détruisant toute symétrie dans un devenir humain permanent.

En fait, Les Espions répète, d'une manière tout à fait spectaculaire, le schéma éternel de la lutte entre des êtres malfaisants dépourvus de sentiments, devenus de simples pantins - on notera l'importance du clown - et ceux qui se défendent éperdument pour conserver leur identité propre d'êtres de chair et d'os, ou pour la retrouver. Pour parvenir à atteindre les premiers, les seconds vont devoir plonger au cœur de la machine infernale afin de briser sa carapace centrale : dédale d'escaliers monumentaux, rectiligne et étouffant qui n'est pas sans rappeler quelques autres plans célèbres de films allemands de la même époque.

Au final, une morale bien simple et on ne peut plus naïve : l'amour, toujours l'amour... mais la sublime mise en scène de Lang et les spectaculaires scènes d'action en train, voiture ou autre, la relègue au second plan et sauve une fin qui aurait sombrée dans le ridicule sans la géniale intervention du cinéaste.

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