Critique : L'Île dans la brume

Francis Moury | 10 octobre 2007
Francis Moury | 10 octobre 2007

« (...) Vampiriser sa nièce (Dead Men Walk), greffer des cerveaux humains sur des corps de gorille (The Monster and the Girl), enfanter quelque créature humanoïde ou lycanthropique (The Mad Monster) étaient pour lui l'affaire de soixante-quinze minutes de projection, quatre-vingt tout au plus. (...) » - Jean-Marie Sabatier, Les Classiques du cinéma fantastique, § Pour un musée imaginaire du cinéma fantastique, article George Zucco (1886-1960), éd. Balland Paris 1973, p. 400. 

 

Fog Island [L'Île dans la brume] de Terry Morse est une série B voire même une série C ou D qui manque cruellement de moyens mais surtout d'inspiration. On est très loin du génial Détour d'E.G. Ulmer produit pour la même firme PRC Pictures Inc. de Leon Fromkess à la même période et tourné dans les mêmes circonstances matérielles, vedettes mises à part. Notons que Fromkess fut un producteur estimable puisque son nom est associé à des chefs-d'œuvre signés, par exemple, par des cinéastes aussi importants que E.G. Ulmer ou Samuel Fuller, et cela jusque dans les années 1965. Mais convenons que Terry Morse n'est pas Ulmer ni Fuller. 

Tiré d'une pièce de théâtre intitulé Angel Island, ce film est statique, bavard et mortellement ennuyeux. Mais il a en revanche un intérêt historique indéniable puisqu'il fournit l'exemple typique de la mauvaise série B, anémique et fauchée, et qu'il réunit deux acteurs connus et appréciés - à juste titre lorsqu'ils tournent pour de bons cinéastes ! - des amoureux du cinéma fantastique, George Zucco et Lionel Atwill, dans une intrigue policière confinant parfois elle-même au cinéma fantastique.

Jean-Marie Sabatier n'avait pas vu Fog Island pour cause de non-distribution en France : il ignorait donc qu'il faut ici nettement moins de « soixante-quinze minutes de projection » à Zucco pour venir à bout de ce démentiel projet d'assassinat collectif dont il est d'ailleurs indirectement - et curieusement - la victime d'une manière assez précoce dans le déroulement de l'intrigue. Mais ce point d'histoire du cinéma mis à part, reconnaissons que la prestation de Zucco est sans comparaison avec celle de son fascinant double-rôle tenu dans l'intéressant Dead Men Walk [Le Vampire, créature du Diable] (USA 1943) de Sam Newfield et que celle de Lionel Atwill est beaucoup moins impressionnante ici que dans Le Fils de Frankenstein (USA 1939) de Rowland V. Lee, pour ne citer au hasard que quelques-uns des classiques du cinéma (fantastique et d'autres genres) dont ils furent l'un ou l'autre les vedettes ou les talentueux acteurs de second plan. 

 

NB : le cinéaste Terry Morse est connu dans l'histoire du cinéma fantastique pour avoir signé Godzilla King of the Monsters qui est la version américaine mutilée et remontée de l'admirable Gojira [Godzilla] (Japon 1954) d'Inoshiro Honda. Cette version était notamment augmentée de plans de l'acteur Raymond Burr jouant un journaliste commentant en champ / contre-champ soi-disant « en direct », les destructions commises au Japon par le « roi des monstres » du titre américain d'exploitation ! Cette version américaine fut même distribuée au Japon en 1957 sous le titre japonais de Kaiju-o-Gojira. Elle demeure cependant, tout comme Fog Island, une curiosité historique bien inférieure à la puissante et pure version originale japonaise, dont le colossal succès fut à l'origine de toute la lignée des « kaiju eiga » produits par la Toho et ses rivales productrices.

Résumé

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire