À bord du Darjeeling Limited : critique sur de beaux rails

Julien Foussereau | 4 septembre 2007 - MAJ : 30/01/2020 18:37
Julien Foussereau | 4 septembre 2007 - MAJ : 30/01/2020 18:37

Du haut de ses 38 ans, Wes Anderson s'affirme tranquillement comme un des auteurs les plus singuliers et cohérents du cinéma américain de ces dix dernières années. La fascination pour son univers mi-régressif mi-nostalgique a réellement démarré avec la consécration de La Famille Tenenbaum. Rétrospectivement, cette chronique bourgeoise et névrosée jusqu'à la moelle, où une fratrie pratiquait le squat à durée indéterminée chez môman pour retrouver un cocon originel, regroupait une quantité importante d'obsessions qui allait nourrir ses films ultérieurs.  D'une certaine façon, l'affirmation de Rivette selon laquelle un auteur de cinéma tend à refaire toujours le même film n'a peut-être jamais aussi bien collée à Wes Anderson dans le registre de la comédie « Famille, je vous hais (un peu) » La Vie aquatique, patchwork improbable brassant Bill Murray au top, Ziggy Stardust en brésilien,  n'a nullement contredit cet état de fait... et À bord du Darjeeling Limited n'a pas à rougir de ses grands frères.

 

photo, Jason Schwartzman, Adrien Brody, Owen Wilson


À bord du Darjeeling Limited s'avère être une sorte d'Orient-Express dans lequel embarquent les frères White avec comme but plus ou moins conscient de guérir leurs dysfonctionnements internes (au sein de la fratrie) et externes (dans leur rapport au monde). Dès les premières minutes, on reconnaît la griffe Wes Anderson définie par son esthétique arrêtée dans les seventies, que même un iPod ou un ordinateur portable ne peut briser, son sens de la mécanique burlesque foirant inéluctablement mais toujours rattrapée in extremis par la psyché branlante de ses protagonistes, et bien sûr par ce Droopy humain de Bill Murray - dont la courte apparition permettant l'entrée en piste d'Adrien Brody est un vrai régal.

Le plaisir que l'on prend devant À bord du Darjeeling Limited tient moins dans le caractère inédit du film que dans son jeu intertextuel avec les autres Wes Anderson (un jeu poussé assez loin avec Hotel Chevalier, l'hilarant court-métrage présenté avant À bord du Darjeeling Limited, mais qui ne sera malheureusement visible que dans les festivals du monde entier et lors de la sortie DVD du film) ou ses variations dramaturgiques.

 

photo, Jason Schwartzman, Adrien Brody, Owen Wilson


Ainsi, le traditionnel père égocentrique et castrateur devient mère et va jusqu'à se réincarner en une figure fraternelle étouffante. L'exploration avec le bateau de Steve Zissou (de La Vie aquatique) se transforme en un huis clos véloce (prompt à déclencher des gags délicieusement crétins) et le folklore new yorkais puis maritime vit à l'heure indienne. Avec À bord du Darjeeling Limited, Wes Anderson incarne le meilleur de l'esprit créatif américain, ce melting-pot capable de brasser le mal-être occidental, la détresse miséreuse orientale, la musique de Satyajit Ray, le tout avec une vision burlesque, enfantine et inquiète à la fois.

 

Affiche

Résumé

À bord du Darjeeling Limited confirme l'immense talent du jeune texan à dérouler des récits convoquant la Tristesse pour la changer, telle une pierre philosophale, en bonheur désinvolte digne de Tintin ou des Pieds Nickelés.

Lecteurs

(3.5)

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