Critique : La Guerre est finie

Par Nicolas Thys
20 août 2007
MAJ : 29 mai 2024
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Petit rappel historique : après une guerre civile de trois ans, de 1936 à 1939, l'Espagne tombe aux mains du dictateur Franco, général ultra conservateur qui règnera jusqu'à sa mort en 1974. La Guerre est finie de Resnais se déroule au cours de cette période trouve au début des années 60. Franco mène alors une politique d'ouverture et la vision idyllique du touriste lambda obscurcit la réalité quotidienne de millions d'ouvriers sous-payés et exploités par un régime totalitaire.

A l'heure du capitalisme triomphant, où mai 1968 semble n'avoir été qu'une illusion et où le cinéma, la philosophie et la vie en général semblent se dépolitiser dangereusement, le contexte socio-historique et le scénario du film sont à la fois l'une des qualités majeures et le défaut involontaire du film. Une qualité car il nous ramène à un pan important de notre histoire pourtant souvent occulté, mais un défaut car cet oubli est souvent synonyme de désintérêt pour un public léthargique trop enlisé dans des clichés répétitifs et vains. Mais La Guerre est finie nous rappelle que les grandes œuvres politiques existent, que la symbiose entre forme et fond est nécessaire et possible afin de faire circuler un message et une idée sans démagogie aucune. Cette maîtrise formelle est d'ailleurs l'une des prouesses du cinéaste français.

Alain Resnais, aidé de l'un des très grands écrivains espagnols du 20eme siècle, Jorge Semprun, évite ici l'écueil historique. Le film n'est en aucune manière une histoire de l'Espagne mais il raconte sa crise à travers le regard désabusé d'un militant communiste, interprété par Yves Montand, qui ne cesse d'aller et venir entre son Espagne natale et une France où se trouve ses contacts ainsi qu'un importants réseau de militants. Mais, Montant, homme aux identités et aux vies multiples, est vite ballotté, traîné dans les rouages d'un systèmes sclérosé et archaïque dans lequel il ne se retrouve plus. Son existence est un mensonge et le film est l'histoire de sa perte, de la perte de ses illusions et de son tiraillement entre des supérieurs embourbés dans la théorie, et une jeunesse avide de justice immédiate et naïve. Sans être kafkaïen, le récit laisse poindre quelques résurgences du Procès.

D'ailleurs tout dans l'image laisse préfigurer sa chute : un univers à l'orée du fantastique parsemé de flashs forward, une voix-off réflexive, de nombreuses ellipses, des scènes d‘amour déroutantes. On nage dans une nappe de temps malade, en décomposition qui n‘aura de cesse de s‘échapper. Après le colonialisme, les horreurs de la seconde guerre et l'Algérie, Resnais poursuit ici son travail de représentation de l'horreur et de la bêtise humaine et réussit une fois encore un film passionnant.

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