Critique : Ceux qui restent

Jean-Noël Nicolau | 17 août 2007
Jean-Noël Nicolau | 17 août 2007

Que faire lorsque l’on croit tout perdre ? Céder au désespoir ? Fuir sans laisser d’adresse ? Refuser de faire face pour mieux se replier sur la douleur ? Pour les deux héros de Ceux qui restent, l’avenir se construit au jour le jour, avec de petits bonheurs, une grande routine et la souffrance qui se déploie, lancinante et perçante comme un cancer. On comprend bien vite que la leçon du film magnifique d’Anne Le Ny est d’apprendre à continuer, car au-delà de la présence auprès d’un proche malade, au-delà du sacrifice, être celui ou celle qui reste c’est se découvrir une nouvelle force de vie.

 

Mais avant de trouver leur voie, Bertrand et Lorraine errent, ils jouent à cache-cache dans les couloirs de l’hôpital, se tournent autour en guettant la moindre bribe d’apaisement. Lui est un introverti qui a décidé de porter le poids du monde sur ses épaules, elle déborde d’une joie et d’une puissance étouffées par le drame. Ils ne sont pas faits l’un pour l’autre, mais ils ont terriblement besoin d’être ensemble, pour le soutien d’un instant et pour l’espoir d’un avenir. Le film se refuse pourtant à tout raccourci facile et déjoue les clichés du mélodrame.

 

Parfois très drôle, toujours poignant, Ceux qui restent brille par son écriture d’une justesse troublante, le charisme des deux acteurs principaux donnant tout le corps nécessaire au texte. Si Vincent Lindon est parfait dans sa déprime sur le fil du rasoir, Emmanuelle Devos est sublime entre exubérance et désarroi déchirant. Le duo est d’une remarquable authenticité, de même que les scènes de famille du personnage de Lindon.

 

La mise en scène de Anne Le Ny, que l’on découvre ici en tant que réalisatrice après l’avoir bien connu comme second rôle (chez Leconte, Miller ou Jolivet), est précise mais jamais froide. Elle dépasse la simple illustration par son sens du détail. Mais l’on oublie bien vite les considérations techniques en suivant ce récit qui ne joue jamais la carte du lacrymal. Ce refus de céder aux banalités qui semblaient pourtant inévitables guide le film vers une conclusion d’une intelligence bouleversante. Œuvre marquante et inattendue, Ceux qui restent s’impose comme un incontournable de la rentrée cinématographique hexagonale.

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