Critique : Engrenage fatal (L')

Francis Moury | 2 août 2007
Francis Moury | 2 août 2007
Railroaded ! [L’Engrenage fatal] d’Anthony Mann est un de ses tout premiers films noirs, jusqu’ici totalement inédit en France. Sa découverte est intéressante car ici, à la différence de La Brigade du suicide tourné la même année ou de Marché de brutes tourné l’année suivante, Mann ne dispose pas encore d’un directeur de la photo du calibre de John Alton. C’est donc l’occasion de voir Mann à ses débuts tel qu’en lui-même, si on peut dire.

Mann dispose en effet d’une équipe technique « standard » fournie par son producteur P.R.C., une société indépendante connue dans l’histoire du cinéma pour avoir enfanté quelques chefs-d’œuvre désargentés comme le génial Détour d’Edgar G. Ulmer.

Railroaded ! n’est pas un chef-d’œuvre – simplement un assez bon film noir américain, ce qui est déjà bien - mais il est assurément désargenté. Pratiquement pas de scènes d’extérieurs, qu’ils soient décoratifs ou naturels. Presque tout est tourné en intérieur et en studio. Pourtant ce n’est pas très grave car Mann est ambitieux et son film noir déjà très vivant : son réalisme s’intéresse autant à la psychologie criminelle qu’au documentaire policier.

On assiste à une enquête « comme si on y était » (c’est l’aspect documentaire : test de la poudre, interrogatoire, techniques de recherches et de surveillance, fonctionnement du racket vu de l’intérieur) mais d’étranges liens sado-masochistes se nouent entre deux couples improbables voués à l’auto-destruction : le tueur (John Ireland, impressionnant et inattendu de réelle puissance bien que son personnage soit caricatural) et la sœur de l’accusé innocent d’une part, le même tueur et sa maîtresse-complice d’autre part. La géométrie et la morale se rejoignent bien sûr in extremis (au cours d’un duel au révolver en espace restreint qui est très bien filmé dans une semi-pénombre) mais le film se termine aussi à ce moment-là.

Quelques effets de mise en scène augmentent la mise : pendant le hold-up d’ouverture, une fille est terrorisée par la double bouche en acier du « shotgun » qu’un gangster approche sadiquement de son visage, en champ / contre-champ avec grand angle expressionniste sur fond clair-obscur. Lorsqu’elle hurle de peur, on est presque soulagé par son cri mais l’action rebondit immédiatement et le suspense est relancé  : sadisme redoublé de la mise en scène, et belle maîtrise de l’action pure.

Du casting (très homogène) se dégagent un John Ireland tout de même assez inattendu et très bien dirigé, ainsi que deux vedettes-tigresses : Sheila Ryan et Jane Randolph, à l’érotisme ravageur dans les deux cas. Indispensable à la connaissance filmographique de Mann comme du genre, en somme.

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