Critique : Le Metteur en scène de mariages

Thomas Messias | 2 août 2007
Thomas Messias | 2 août 2007

Fuir. Fuir pour échapper aux emmerdes, aux conventions, à l'ennui qui guette. C'est le choix de Franco Elica, réalisateur fatigué, qui part sans se retourner pour aller faire le point en Sicile. Le Metteur en scène de mariages est un film profondément pessimiste, la radiographie terrible d'un homme (et d'un pays) en perte de vitesse, mais qui trouve son salut dans une expression poétique et éclatante de son désespoir. Brillamment incarné par un Sergio Castellito entre Droopy et Zébulon, Elica est de ceux qui, selon la formule de Beaumarchais, se pressent de rire de tout de peur d'être obligés d'en pleurer.

À l'image de son héros, Marco Bellocchio cultive sa déprime avec une vigueur proprement stupéfiante. Sans cesse en mouvement, il multiplie les expérimentations au gré d'une mise en scène qui s'amuse avec les textures (déformations, caméra amateur...). Idéal pour coller à un scénario foutraque, le bordel ambulant le plus jouissif qu'il ait été donné de voir depuis bien longtemps, sautant dans tous les sens comme une balle rebondissante, mais retombant toujours sur ses pattes d'une faiçon assez prodigieuse. Il faut une dizaine de minutes pour se faire à l'ambiance et au rythme du Metteur en scène de mariages, mais lorsque le film s'empare de vous, c'est pour ne plus vous lâcher, emportant tout sur son passage.

Les amoureux, les croyants, les lâches : Bellocchio n'épargne rien ni personne dans un film beau comme un vieux disque de jazz, plein de ces imperfections qui font les oeuvres les plus marquantes. Pas de doute : après une fin de siècle assez pénible, le metteur en scène italien a pleinement trouvé sa place au coeur des années 2000. Le Metteur en scène de mariages est de ces films qui s'impriment de façon durable dans les crânes et les coeurs de ceux qui font le pari de suivre Franco Elica sans sa course sans but. Il serait juste impardonnable de passer à côté. 

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