Critique : Patlabor 2

Jean-Noël Nicolau | 18 juillet 2007
Jean-Noël Nicolau | 18 juillet 2007

Oshii est un terroriste cinématographique, un spécialiste du détournement de concept et de la prise d’otage de personnages. Qu’on le lance dans des univers aussi balisés que ceux de Lamu ou de Ghost in the shell et il parvient à délivrer des œuvres contemplatives et mélancoliques là où l’humour et l’action devraient primer. Pour accomplir ses noirs dess(e)ins, le réalisateur commence par acquérir la confiance des auteurs et du public en délivrant des premières adaptations étonnantes mais encore suffisamment proches de l’original pour ne pas braquer les fans. Puis c’est l’escalade vers l’abstraction et l’austérité, des germes déjà largement présents dans les premiers opus.

Passer de Patlabor, dont l’enquête mélancolique s’oubliait dans un final pétaradant, à Patlabor 2, c’est effectuer un bond vers la quintessence du style d’Oshii : une trame ultra complexe de politique-fiction baignée dans du silence et des ombres. On ne comprend pas vraiment ce qui se passe entre les différents ministères, la police, l’armée et le terroriste utopiste, mais les idées sont puissantes. Une société entière est prise de panique au sein d’un récit parfois étrangement évocateur (un missile détruit un pont lors d’une scène en apesanteur, des chars envahissent les rues dans un calme surréaliste).

Oshii parvient à créer du mystère et de l’émotion avec trois fois rien et fait exister ses personnages animés avec une rare force. Poésie urbaine, solitude technologique, tout Ghost in the shell est déjà là, jusqu’à ce final anti-spectaculaire qui vient bouleverser le genre des « robots géants » en le faisant entrer dans l’âge adulte. Fondamental.

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