Critique : Le Prêtre et la jeune femme

Nicolas Thys | 2 juillet 2007
Nicolas Thys | 2 juillet 2007

Particulièrement apprécié de son compatriote Glauber Rocha, Le Prêtre et la jeune femme, marque l'influence de Joaquim Pedro de Andrade pour la littérature de son pays en adaptant un poème de Carlos Drummond de Andrade1. On retrouve dans ce récit d'un prêtre amoureux d'une femme promise à un autre homme les grandes figures du cinéma Novo : l'intérêt porté aux personnes les plus pauvres et au Brésil de manière très directe tout en imposant une critique sévère de la religion et de la bourgeoisie.

Pour le cinéaste la religion ne semble plus servir à grand-chose excepté réunir des commères autour de beaux discours auxquels plus personne ne croit, pas même le prêtre qui ne parvient pas longtemps à résister aux tentations. La bourgeoisie est également attaquée : le maître des lieux s'empare de l'argent des travailleurs et ne fait qu'abuser d'une jeune femme comme si elle était sa propriété. C'est le conflit entre les deux camps, qui n'engage en apparence que peu de monde, qui semble pourtant mener le village à sa perte et les habitants à une folie destructrice.

Proche du néoréalisme par le désir de montrer frontalement un état du monde à travers une fiction en filmant en décors naturels et avec de nombreux acteurs non professionnels, il s'en éloigne de par le traitement du sujet et son intérêt marqué pour la romance et la perversion des personnages pour trouver son propre style. La scène d'amour du prêtre et de la jeune femme est particulièrement éloquente : découpée en très gros plans, le cinéaste insiste sur quelques détails de deux corps qui se marient plus que sur l'acte en lui-même, trop « sacré » pour être montré et qui s'écarte des mises en scènes traditionnelles.

Il s'agit pour Joaquim Pedro de Andrade de faire avec le cinéma Novo un autre cinéma, loin de toutes les mièvreries de la production courante, de trouver des sujets de préoccupations à la fois graves et populaires et de les mettre en forme d'une manière nouvelle, ce qu'il réussit très bien ici.

1 Aucun lien de parenté avec le cinéaste.

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