Critique : Mondo cane - Cette chienne de vie

Jean-Noël Nicolau | 2 juillet 2007
Jean-Noël Nicolau | 2 juillet 2007

Parler de Mondo cane, c’est se lancer dans l’un des territoires les plus polémiques de l’histoire de la cinéphilie. Œuvre culte, accueillie avec révérence (et effroi) au moment de sa sortie au point d’avoir été sélectionnée au festival de Cannes 1962, le film est avant tout considéré comme le premier des « shockumentaries ». Ce sous-genre, extrêmement populaire jusqu’à la fin des années 70, aura pour avatars de nombreux (et consternants) « Mondo » mais aussi tout le cinéma pseudo documentaire qui culminera avec l’insurpassable Cannibal holocaust. Source d’inspiration majeure pour une multitude de cinéastes, Mondo cane mérite sans nul doute de retrouver sa place dans l’histoire « officielle ».

Exploitation, racisme, condescendance, complaisance, les griefs à l’encontre de l’œuvre de Jacopetti et Prosperi sont innombrables et généralement justifiés. Mais ne s’arrêter qu’à la surface de l’image est une grossière erreur, souvent commise. Bien sûr il est facile de rejeter en bloc les séquences parfois insoutenables qui composent Mondo cane : massacre de porcs à coups de gourdins, décapitations de taureaux, pêche brutale de requins. Ceux qui ne supportent pas les petites séquences « snuff » envers les animaux dans Cannibal holocaust peuvent immédiatement passer leur chemin. Mais il ne faut surtout pas se limiter à l’aspect choc qui n’est qu’une facette d’une œuvre très riche en sens et en interprétations.

Les réalisateurs prétendent avoir tourné le premier des anti-documentaires. En effet, avec humour mais aussi gravité, ils se jouent des codes du genre pour proposer une immense mise en perspective et une leçon de relativisme à l’échelle mondiale. La juxtaposition de comportements animaux et humains, de cruauté et d’espoir, d’humour burlesque et de critique très moderne, construit un tableau déplaisant et terrible de notre condition et de notre influence sur la nature. Cynique (d’où le titre « Ce monde de chien »), réaliste, subjectif et sans concession, Mondo cane demeure d’une force surprenante.

Certaines séquences gardent un impact bouleversant, en particulier l’agonie des tortues dont le sens de l’orientation a été annihilé par les essais nucléaires américains dans l’atoll de Bikini. Portées par une musique lyrique (et nommée aux Oscars), ces images s’avèrent déchirantes. Tout comme le final, poétique et poignant sur les tribus s’adonnant au « culte du cargo » qui inspira Gainsbourg pour le final de Melody Nelson. A la fois plein de distance (parfois amusée) et de pathos, la voix off ajoute au flou entourant les véritables intentions de l’œuvre. La polémique ne trouvera jamais de fin, et chaque spectateur percevra Mondo cane d’une manière unique. Vous adorerez ou détesterez ce film, mais il s’agit d’une expérience inoubliable bien que réservée à un public averti.

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