Critique : Tu marcheras sur l'eau

Sandy Gillet | 1 juillet 2007
Sandy Gillet | 1 juillet 2007

Tu Marcheras sur l'eau raconte l'histoire d'un agent du Mossad efficace et sans états d'âme qui découvre, de retour d'une mission en Turquie où il a éliminé un dangereux terroriste d'origine palestinienne, sa femme sans vie après qu'elle ait décidé de mettre fin à ses jours en prenant des somnifères. Commence alors pour l'homme, jusque là machine à tuer imperturbable, bras armé d'un gouvernement et d'un pays encerclé tant de l'extérieur que de l'intérieur, une longue et douloureuse prise de conscience de sa condition et par extension de celle d'une société érigée sur les horreurs de l'Holocauste. Une note d'intention initiale et ambitieuse que le scénariste Gal Uchovsky et le réalisateur Eytan Fox ont matérialisé via un parcours initiatique à la fois mental et géographique qui enverra Eylal, notre agent du Mossad, jusqu'au coeœur même de l'Allemagne actuelle.

 

 

 

 


Au début il y a d'abord une nouvelle mission, plutôt anodine, voire insultante pour son statut. Mais il faut bien rassurer tout le monde et prouver que malgré la mort de sa femme, sa hiérarchie pouvait toujours compter sur lui, comme avant. Elle consiste à se faire passer pour un guide touristique et d'accompagner pendant une quinzaine de jours un jeune allemand venu en Israël rejoindre sa soeœur qui travaille dans un Kibboutz et qui a fuit leur famille. Le but étant de récolter un maximum d'informations sur le grand-père grabataire, ancien haut fonctionnaire nazi, qui a disparu d'Argentine, son lieu d'exil depuis la fin de la guerre. C'est au détour de cette rencontre qu'Eylal, plus fragile qu'il voudrait le laisser croire, va progressivement faire cet apprentissage de soi-même et laisser transpirer cette humanité qu'il avait enfoui au plus profond de son âme.

 

 

 

 


Par petites touches, au gré des différentes visites de lieux hautement touristiques (le pic étant sans conteste la journée passée dans le décor semi désertique et désolé d'une plage de la mer Morte au coeœur de l'hiver, prétexte à une photo gris bleue et à des compositions scéniques tout simplement époustouflantes), le spectateur se laisse aussi aller et l'on découvre une société israélienne pleine de contradictions à la fois occidentalisée et repliée sur elle-même, raciste et ouverte aux autres, persuadée d'être le peuple élu et pourtant lucide quant à sa condition humaine affrontant pour finir ses démons par le cynisme et l'humour noir. Le tour de force du film étant d'arriver à caser tout cela en la seule personnalité d'Eylal, symbole à lui tout seul d'un pays coincé entre sa capacité à vouloir se projeter vers le futur et sa cohabitation nécessaire avec le peuple palestinien et un passé hanté par la Shoah.

 

 

 

 

Mais Tu Marcheras sur l'eau ce n'est pas uniquement cela et ce n'est surtout pas un film qui surfe sur la vague de ces productions franco-israéliennes un peu putassières, car issues de cette gauche bien pensante et forcément pro palestinienne, tel qu'Intervention divine d'Elia Suleiman et autre Cerf-volant de Randa Chahal Sabbag qui fleurissent dans nos salles ces derniers temps. Le film d'Eytan Fox véhicule des valeurs bien plus universelles et signe dès lors une œoeuvre lucide et concernée en arrivant à mixer habilement thriller d'espionnage (la dernière partie en Allemagne est à ce titre à couper au couteau), un road-movie à la beauté formelle quasiment hypnotique, une comédie sentimentale classique ou encore un drame psychologique très habile. Ajoutez à cela pas mal d'homosexualité et vous aurez une idée assez précise du melting-pot thématique dans lequel baigne Tu Marcheras sur l'eau : une sorte de brassage a priori joyeusement bordélique qui donne au final l'une des plus belle surprises cinématographiques de l'année.

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