Planète terreur : critique

Jean-Noël Nicolau | 24 juin 2007 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Jean-Noël Nicolau | 24 juin 2007 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Proposons le même sujet d’activité artistique à deux élèves que tout oppose ou presque : Quentin Tarantino, le premier de la classe chahuteur, dont on pardonne l’indiscipline au regard de ses résultats dignes des félicitations du jury, et Robert Rodriguez, le gentil cancre rigolard, qui allie bonne volonté et naturel de branleur indécrottable. Pour la première fois, les consignes sont rigoureusement identiques : rendre hommage au cinéma de genre des années 70. On nous répondra que c’est un peu ce que Tarantino et Rodriguez n’ont jamais cessé de faire depuis leurs débuts. Ajustons les prémisses et restreignons le champ de travail sur le thriller bis américain voué aux doubles programmes, ghetto de l’exploitation la plus triviale. Peu de cinéphiles auraient douté de l’issu du duel : le réalisateur de Pulp fiction vainqueur par K.O. sur celui de Spy kids. Erreur sur toute la ligne, cette fois le branleur triomphe, gagnant par chaos.

 

photo, Rose McGowan, Freddy Rodríguez, Marley Shelton

 

Avec Planète terreur, Robert Rodriguez prouve qu’à trop vouloir jouer le hors-sujet et le métalangage, on ne touche pas toujours au génie, et que le bon devoir appliqué est parfois supérieur aux errances verbeuses du fort en thème. Oui, la bombe gore, fun et décérébrée du brave Robert défonce sévèrement la mâchoire du serial killer chochotte de Boulevard de la mort. Non seulement on retrouve ici tout ce que l’on aime dans Death proof (bombasses en petites tenues, mise en scène stylée, dialogues délicieux mais en quantité raisonnable, interprétation outrancière), mais Rodriguez force la dose d’alcool fort. Son Planète terreur dégouline de bonnes mauvaises intentions.

 

photo, Marley Shelton

 

Sexe, sang et sales blagues s’étalent sur 1h45, en ne ménageant que quelques temps morts qui font finalement partie de l’hommage (qui ne s’est jamais ennuyé une seule seconde devant un film de morts-vivants ?). Bimbo prête au carnage (quelle joie de voir l’insupportable Fergie privée littéralement de son cerveau), canardeur tatoué et indestructible (Freddy Rodriguez dans un excellent contre-emploi), vieux barroudeurs à tous les étages (Michael Biehn, Josh Brolin, Tom Savini, Bruce Willis en inévitable guest star), le cahier des charges est respecté à la lettre. Si dans son déroulement Planète terreur ne surprend pas, c’est dans sa radicalité et sa générosité qu’il séduit totalement. Rodriguez ne se prive de rien, exagère tout et réjouit à chaque plan.

 

photo, Rose McGowan

 

Film instantanément culte, d’abord par son mimétisme bordélique et ensuite par son charme visqueux inattendu, Planète terreur s’affirme aisément comme le sommet de son réalisateur. Il faut bien sûr ajouter la performance ébouriffante de l’irrésistible Rose McGowan, avec mention spéciale à Marley Shelton qui ne manque jamais de voler la vedette. On obtient un grand délire festif qui allie clichés et innovations pour ne garder que le meilleur, à l’image de la bande-annonce de ce Machete qu’on vous laisse découvrir en avant programme. Planète terreur est un bonheur à rapprocher de ceux éprouvés devant 300 et Apocalypto et qui confirme que 2007 sera un grand millésime pour le plaisir coupable.

 

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