Les Chansons d'amour : Critique

Julien Foussereau | 18 mai 2007
Julien Foussereau | 18 mai 2007

« Bienvenue dans la  "bobosphère" ! » serait-on tenté de penser au démarrage du dernier Christophe Honoré : évolution de protagonistes au sein de quartiers popu dans la Ville Lumière (Bastille, Strasbourg St-Denis, Gare de l'Est, Montparnasse), professions glamours mais pas trop (rédacteur en chef, maquettiste, juriste). 

Quand on ajoute à tout cela des chansons d'amours, soit des trouées musicales avec chants, chorégraphies et tutti quanti, l'instinct de survie caractérisé par la fuite de la salle devant On va s'aimer d'Yvan Calbérac revient au galop. Pourtant, dès lors que les irritantes premières minutes sont derrière nous (le manque de naturel de Ludivine Sagnier, Louis Garrel en Antoine Doinel du pauvre, les dialogues surécrits), un regain d'intérêt se produit avec l'arrivée des passages chantés.

 

 

Loin de provoquer des ricanements étouffés (bien au contraire...), ces instants musicaux ne sont pas seulement des occasions de découvrir les aptitudes au chant des comédiens, Louis Garrel en tête (dont la chaleur vocale étonne constamment), ils libèrent ces Chansons d'amour du carcan emphatique instauré par Christophe Honoré. Là, la dizaine de morceaux composée par l'efficace Alex Beaupain s'apparente à des arcs émotionnels d'une indéniable sincérité. Sur ce point, l'amour inconditionnel de Honoré pour la musique de Jacques Demy fait mouche. On n'en dira pas autant concernant son obsession un brin pénible à rendre hommage toutes les deux minutes à la Nouvelle Vague selon Eustache (un petit sifflement à la Léaud dans La Maman et la putain) ou Godard (comme dans Une femme est une femme, le ménage à trois au plumard bouquine gaiement) lorsque le cinéaste n'est pas occupé à afficher de manière à peine détournée son bon goût, qu'il soit cinématographique ou musical.

 

 

En ce sens, Les Chansons d'amour serait pour le spectateur français le pendant Libé-Inrocks-Cahiers du nanar de Calbérac : le bon goût contre le très mauvais. Enoncé comme ça, le choix semble vite vu. Si l'on creuse plus loin, les deux souffrent d'un traitement pachydermique confinant au cliché et, au final, le Paris fantasmé par Honoré, dans lequel on fume comme un sapeur et on lit selon ses humeurs est à peine moins flippant et prétentieux que celui de Calbérac en mode Biba / Marie-Claire

 

Résumé

En l'état, la dernière livraison de Christophe Honoré s'avère inégale, ni mauvaise, ni réussie. Par contre, elle donne sacrément envie de se replonger dans On connaît la chanson car Resnais invitait tout le monde sans exception dans la danse. Alain reviens !

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