Fight Club : critique savonnée

Thomas Messias | 6 mai 2007 - MAJ : 28/03/2019 23:33
Thomas Messias | 6 mai 2007 - MAJ : 28/03/2019 23:33

Parce que l'homme et l'étagère Ikea ne feront bientôt plus qu'un, et parce qu'il n'y a rien de plus consensuel qu'une révolution, un type nommé Tyler Durden débarque au coin de nos vies rangées et nous propose une alternative. Objectif : faire du nihilisme un éden, contester tout et son contraire, sous prétexte de changer le monde. Fight club est le récit rigolard et tourmenté d'une révolution de pacotille, aussi individuelle que collective.

Fight club érige Tyler Durden en héros grotesque, une Amélie Poulain sauce Ubu, qui verse de la soude sur nos existences pour les rendre prétendument plus douces. Il serait absurde de prendre le film au premier degré quand on connaît l'aversion fascinée de l'auteur Chuck Palahniuk pour les messies de supérette et les luttes sans issue. Sur une mise en scène brillamment tape à l'œil, David Fincher dresse le portrait drôlement désespérant d'une société sans repère. Gravure de mode refusant le diktat de l'apparence, Brad Pitt est idéal dans le rôle de Tyler, tant les paradoxes des deux hommes sont les mêmes.

 



Tyler Durden, c'est le double fantasmé qui émerge tôt ou tard de notre inconscient, un miroir aux alouettes aux effets plus néfastes qu'autre chose. C'est le message d'une dernière partie surprenante et cohérente, qui offre un joli tour de passe-passe cinématographique. Ludique et bourré de contradictions, Fight club est un gigantesque puits sans fond, une allégorie géniale, le dernier glaviot jeté par les 90's à la face du monde. Mille gimmicks (images subliminales, brûlures de cigarettes) et un milliard d'idées de mise en scène ne doivent pas faire oublier la spectaculaire profondeur de l'ensemble. Prendre son pied en se masturbant le cervelet, tel est le programme de Fight club, film somme qui n'a pas fini de faire débat.

 

 

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(3.3)

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commentaires

Dae-Soo
28/03/2019 à 22:58

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Excellente critique, j'ai adoré la lire, je pense que vous avez pris le film par le bon bout. Parce que les types qui l'ont pris au sérieux l'ont forcément pris de travers, à grands coups de "propagande fasciste", c'était vraiment n'importe quoi de lire certaines critiques véhémentes de l'époque qui n'avaient même pas pris soin de se pencher sur l'auteur original, le grand Palahniuk...
J'aurais juste voulu que vous vous penchiez un tout petit peu plus sur la réalisation, ces images de synthèse qui n'ont rien de gratuites par exemple, qui servent justement à s'affranchir des contraintes physiques... Concept brillamment repris et amélioré par Fincher dans son excellent Panic Room.. J'aimerais bien savoir d'ailleurs qui en premier a eu cette idée, ça doit pas être Fincher..
Et encore, c'est pour moi une facilité à laquelle il a cédé, quand je vois par exemple cet incroyable plan-séquence de la poursuite dans le parking à étages dans Death Sentence du grand James Wan, où pour réaliser ça ils ont du inventer un système pour se passer la caméra d'un caméraman à un autre sans que ça tremble trop... L'effet est juste génial.
Ou les plans-séquences hallucinants des fils de l'Homme (même si celui de la guérilla urbaine est un faux, coupé en 4 si je ne m'abuse),ils ont du aménager une voiture (une Multipla!!) pour que les sièges puissent se pousser pour laisser passer la caméra... Du génie, voilà ce que j'appelle se casser le cul pour l'amour de l'art...
Bref, y'a toujours moyen de se passer de 3D, même si dans le cas de Fincher les plans étaient impossibles à réaliser autrement.
Oula je monopolise la place, c'est pas parce que je suis tout seul que je dois m'épancher à ce point !
Bisous à tous, Yannick.

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