Critique : La Ville abandonnée

Julien Foussereau | 30 avril 2007
Julien Foussereau | 30 avril 2007

S'essayer à classifier des films sur un plan générique peut parfois relever de la gageure. Certains suscitent d'entrée de jeu l'interrogation face à leurs difficultés à rentrer dans les cases. D'autres laissent perplexe dans leur déroulement tant leurs critères esthétiques, narratifs et / ou actoriels mutent constamment. La Ville abandonnée appartient sans hésiter à cette deuxième catégorie. Oui, « Wild Bill » Wellman signe bien là un western avec tout ce que cela comporte d'Ouest sauvage, de galurins, de colts et de canassons. Ces marqueurs filmiques se voient néanmoins rapidement balayés par la science des cadrages de Wellman et la brillante exploitation de la lumière (plus ou moins) naturelle de Joseph MacDonald. Par sa gestion ahurissante des contrastes, le chef opérateur donne à l'éprouvante traversée de la Vallée de la Mort une dimension quasi fantastique lorsque la profondeur d'un noir mangeant la moitié du visage dérangé de Widmark à la fin n'est pas sans rappeler le sombre polar.

 

Pourtant, voir en ces mues génériques une simple expérimentation stylistique serait faire erreur car, combinées à la configuration « universelle » du huis-clos à ciel ouvert, elles magnifient comme rarement les contradictions, les dilemmes, les pulsions sensuelles et mortifères à la fois de Gregory Peck et Anne Baxter, tous deux immenses. La Ville abandonnée compte parmi les plus belles œuvres de Wellman de par son équilibre parfait entre pessimisme sur le genre humain, âpreté d'une mise en scène épousant la rudesse de son environnement et volonté enfin de saisir la naissance d'une passion physique entre deux êtres dégraissée de tout sentimentalisme niaiseux.

 

Sur ce dernier point, Wellman se montre en avance sur son temps par son magnifique portrait de femme libérée et ambiguë, véritable contrepoids à la brutalité crasse de Dude et sa bande. Quand le modèle s'avère être la sous-estimée Anne Baxter dans un ses plus beaux rôles, La Ville abandonnée devient alors un incontournable.

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