Critique : La Flèche brisée

Julien Foussereau | 23 avril 2007
Julien Foussereau | 23 avril 2007

L'entrée du western dans son âge le plus flamboyant a curieusement coïncidé avec la sortie de La Flèche brisée. Car, il est important de rappeler qu'avant que Delmer Daves fasse preuve de salubrité publique avec ce grand western humaniste, le mètre étalon de la représentation des Indiens dans le Far West filmique était La Charge Fantastique de Raoul Walsh, film épique s'il en est quoique assez raciste. Mû par un désir irrépressible de rendre justice aux Natifs du Nouveau Monde, Daves délaisse cette quête d'adrénaline se dégageant d'un combat homérique entre sauvages et civilisés. Elle est autre car, en détaillant avec un respect jusque là inédit les us et coutumes des Apaches, le cinéaste recherche la vérité d'un peuple complexe trop souvent ramené à l'état de chaînon manquant entre le coyote et l'Homme.

 

 

Certes, Daves n'est pas Malick et cette véracité doit faire avec certaines conventions pouvant prêter à sourire aujourd'hui (l'usage de l'anglais chez les Apaches d'entrée de jeu) quand Le Nouveau Monde combine réalisme ethnologique et lyrisme fiévreux. Il n'empêche : La Flèche brisée demeure un sommet du genre par cette capacité à lier émotionnellement le spectateur au drame en train de se jouer entre deux communautés. Sur ce point, il est essentiel de saluer les performances exceptionnelles de Debra Paget et Jeff Chandler (incroyable Cochise), sans oublier James Stewart qui, par son interprétation nuancée et son talent à produire une colère rentrée mais juste, le fait entrer dans la catégorie des monstres sacrés d'Hollywood. Pas pour sa démesure mais pour sa profonde humanité et son indignation bouleversante face à l'injustice... Le cinéma d'aujourd'hui manque terriblement d'acteurs de sa trempe.

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