Critique : Grindhouse

Laurent Pécha | 10 avril 2007
Laurent Pécha | 10 avril 2007

Il y a des films qui possèdent un énorme quotient sympathie avant même que la première bobine ne démarre. Grindhouse fait assurément partie de cette catégorie. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’engouement précédent la vision, est largement justifié au bout de 3 heures 25 que l’on ne voit pas passer. En d’autres termes et pour être en totale osmose avec l’esprit du film : « Grindhouse is a bas ass mother fucker movie ».

Double programme immensément jouissif, Grindhouse gagne le cœur du spectateur en quelques poignées de secondes, celles qui permettent de découvrir la première des quatre fausses bandes-annonces. Un Machete réalisé par Rodriguez en personne tout bonnement désopilant avec ce tueur à gage trahi et qui, armé jusqu’aux dents (jamais l’expression n’aura été ici aussi bien justifiée), va se lancer dans une vendetta sauvage et sanglante (la voix off est à mourir de rire). A tel point qu’on en vient à être frustré de ne pas pouvoir assister à la projection dudit film.

Heureusement, Planet terror, l’opus de Rodriguez, démarre après une multitude de logos vintage du plus bel effet (dont le feature presentation déjà utilisée par Tarantino pour Kill Bill). Et là encore, le fun est au rendez-vous. Assumant encore plus que Tarantino le côté déjanté et décomplexé du projet, l’auteur d’Une nuit en enfer se lance dans un zombie movie mémorable où les plans ultra gore (presque 30 ans plus tard, les zombies de Dawn of the dead tiennent enfin leur revanche sur Tom Savini) succèdent aux plans iconiques qui déchirent les rétines (Rose McGowan et sa machine gun en lieu et place d’une de ses jambes). Bourré de références à tout un pan du cinéma (bis ou B de préférence), visuellement délirant (l’image est volontairement scratchée), usant de dialogues jubilatoires balancés par une kyrielle de comédiens en adéquation totale avec l’univers du cinéaste (et quelques caméos ou apparitions surprises savoureuses), Planet terror se permet tous les délires et les excès et se fiche bien d’être politiquement correct (le sort réservé au gosse d’une des héroïnes, la raison du mal qui contamine les soldats zombies menés par…chut). On en sort le sourire aux lèvres avec l’envie que le plaisir continue…et c’est justement ce qui va se passer…

Diffusées entre les deux films, les trois bandes-annonces concoctées par Rob Zombie (les SS créent des soldats loup-garou féminins et Fu Manchu apparaît sous les traits de Nicolas Cage dans Werewolf Women of the SS), Edgard Wright (une parodie de films de maison hantée avec le récapitulatif de tous les trucs à éviter de faire d’où le titre du film : Don’t) et Eli Roth (Michael Myers est un enfant de cœur face au tueur de Thanksgiving qui découpe même les têtes des mecs en train de se faire sucer à l’avant de leur voiture) n’arrivent pas à égaler le délire visuel de Machete mais elles donnent elles-aussi furieusement envie de voir les films virtuels. 

Dans un tout autre registre que son compère Rodriguez, Tarantino livre avec Death proof un segment qui ressemble à du…Tarantino. Beaucoup plus calme, le film fait la part belle à ce que l’auteur de Pulp fiction sait faire de mieux : longues séquences de dialogues imagés avec références cinéphiliques pointues (on cite ici Point limite zero et on casse le 60 secondes chrono de Cage et Jolie), rôles en or pour acteurs plus forcement dans l’air du temps (Kurt Russell y est tout simplement énorme : les fans de Snake Plissken auront toutefois du mal à supporter les dernières minutes du film même si la séquence et son énormissime cachet « girl power » justifie l'indélicatesse cinéphile de mister Quentin), festival de filles plus sexy les unes que les autres (de Rosario Dawson à la récidiviste Rose McGowan en passant par Vanessa Ferlito ou encore Mary Elizabeth Winstead, il y a de quoi se régaler les rétines). Et puis il y a cette histoire qui va là où l’on ne l’attend pas, cette capacité inouïe à coller les bouts du puzzle pour faire changer le cours des choses et surprendre intelligemment son public. En moins d’une heure et demi, Tarantino réussit le tour de force de nous offrir un segment qui propose trois ou quatre films, histoires en un. Et il finit cet anthologique film qu’est Grindhouse en parvenant à nous arracher un dernier râle de bonheur…Difficile de ne pas évoquer le mot culte en sortant de la salle !

 
PS : Alors à l’heure où l’on ne sait toujours pas dans quelles conditions Grindhouse sera diffusé en France : en deux parties comme ce qui semble être la tendance, dans des version plus longues, avec ou sans les bandes-annonces, il faut noter que le film visible en salles aux USA propose des segments qui durent environ 85 minutes (et non pas juste une heure comme annoncée avant la sortie officielle du film), qu’il y a effectivement de nombreuses scènes restées inédites (visibles dans la bande-annonce) qui sont habilement supprimées dans le montage US, à l’instar de ce que Tarantino avait fait pour Kill Bill volume 1 et son duel final, par des panneaux « missing reel » (bobine manquante). On pense notamment au lap dance que Vanessa Ferlito fait à Kurt Russell dans Death proof et qu’on a hâte de voir. Enfin et c’est sans doute cela qui va faire enrager tous ceux qui fort logiquement rêvent de voir le film d’une seule traite, comme il a été imaginé par leurs auteurs : il y a des correspondances (de nombreux acteurs endossent un double rôle) et des clins d’œil entre les deux segments qui n’auront aucun sens si les films sont diffusés séparément à l’image du double rôle tenu par Marley Shelton et ses trois seringues fatales.

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