Critique : Voyage à Tokyo

Jean-Noël Nicolau | 2 février 2007
Jean-Noël Nicolau | 2 février 2007

Mis en scène en 1953, Voyage à Tokyo est à la fois l'une des dernières œuvres en noir et blanc d'Ozu mais aussi l'une de ses plus représentatives. C'est une synthèse de ses thèmes et de ses images les plus classiques et les néophytes trouveront sans doute là un film très abordable pour découvrir le corpus du maître japonais. Voyage à Tokyo est une chronique familiale, sur le ton du mélodrame, qui conte la visite d'un vieux couple à leurs enfants ingrats. Seule la belle-fille, veuve de guerre, merveilleusement incarnée par l'incontournable Setsuko Hara, montrera des égards et du respect aux deux anciens. Mis à l'écart, le couple verra ses enfants revenir vers eux, mais bien trop tard. Si la conclusion de l'œuvre réserve un optimisme délicat, Voyage à Tokyo demeure empreint de mélancolie et d'incompréhension.


Ozu met en image les fossés générationnels et les traits de caractère avec beaucoup de recul, mais jamais de froideur. Le filmage frontal des personnages, qui semblent s'adresser directement aux spectateurs, renforce la proximité et les indispensables plans de détails de la maison ou du paysage urbain apportent une certaine chaleur à l'histoire. Par ailleurs Ozu n'hésite pas à aller chercher son inspiration dans la caricature pour décrire les travers des enfants, égoïstes, pingres et désagréables au possible. Mais l'émotion se dessine par petites touches, avec par exemple la scène où la grand-mère regarde jouer son petit-fils indifférent alors qu'elle réalise sa fin prochaine. Ozu voulait éviter tout épanchement lacrymal et même tout sentimentalisme, il cherchait à atteindre une épure totale des faits et de leur représentation, en allant au-delà des artifices du cinéma. C'est finalement par-delà les intentions du cinéaste que Voyage à Tokyo s'est imposé au fil des ans comme l'une des œuvres les plus populaires de sa filmographie. En effet, l'universalité des thèmes, alliés à la perfection de la mise en scène et à la rigueur descriptive de l'ensemble, offrent une quintessence du style d'Ozu, sans pour autant atteindre le degré d'austérité de ses opus en couleurs.

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