Critique : Hellraiser - Le pacte

Julien Dury | 31 octobre 2006
Julien Dury | 31 octobre 2006

L'idée de revoir un film d'horreur vieux de vingt ans comme Hellraiser ne fait pas forcément peur pour les bonnes raisons. Les effets spéciaux ont une date de péremption rapide et un risque de ridicule élevé avec le temps. Et puis toutes ces suites lamentables avalées par ceux qui consomment les films au lieu de les regarder… Pourtant le premier film de la série tient encore parfaitement la route grâce au manque total d'humour du réalisateur. Le sérieux mortel est un défaut en littérature, ce qui explique la qualité inégale des livres de Clive Barker. Au cinéma, c'est souvent un avantage. Hellraiser développe une vision particulière sans se soucier du second degré gore et stupide qui gangrène le cinéma d'épouvante depuis l'inégalable Evil Dead.


Le malaise qui envahit le film n'a de toute façon pas grand-chose à voir avec les giclées de sang et les assassinats aux marteaux qui ponctuent le métrage. Il se rapproche plus de cette esthétique du décalage que met systématiquement en place Barker. La bande des Cénobites envoyés de l'enfer possède ce côté absurde rassemblant un obèse blanchâtre aux lunettes noires, un androgyne figé, et le fameux Pinhead au visage transpercé d'épingles (et qui a le bon goût de porter le nom de la meilleure chanson des Ramones). Tout ça est grotesque mais semble bien plus inquiétant que drôle. Pareil pour le traitement du vampirisme dont le cinéaste rappelle qu'il n'est jamais qu'une variante grand public de la nécrophilie.


Au sein du prisme barkerien, la religion effectue la transformation la plus marquante Hellraiser n'est en rien le film blasphématoire que ses crucifix jetés à la rue et vierges enguirlandées semble indiquer. Il présente simplement une vision distordue d'une foi chrétienne qui fonde finalement son symbolisme sur un acte de torture. Comme le christianisme, Barker reconnait que la souffrance est le point de départ rêvé pour l'extase. Pour autant il choisit un chemin différent, préférant la jouissance à la contrition. Toute la force de ce grand film chrétien déviant réside dans ce lien entre la religion et le sadomasochisme, entre le latex gore et l'horreur cosmique.

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