Critique : Tuer n'est pas jouer

Erwan Desbois | 20 novembre 2006
Erwan Desbois | 20 novembre 2006

Quand le James Bond nouveau arrive dans Tuer n'est pas jouer sous les traits de Timothy Dalton, c'est pour nettoyer le monde des méchants en tous genres mais aussi des dérives de la période Roger Moore des aventures de l'agent 007. Fini les potiches déshabillées puis jetées comme des Kleenex et les méchants sortis de comic books : le James Bond des années 80 lutte au sein d'une guerre froide ultra-réaliste, et tombe amoureux au point de mettre en danger sa mission.


Ce changement radical d'orientation fonctionne plutôt bien, grâce à la cohérence générale du film. Tous les aspects de celui-ci partagent la même sobriété (voire austérité), qu'il s'agisse de l'arrière-plan géopolitique collant fidèlement à celui de l'époque, de l'intrigue très terre à terre (pas de milliardaire mégalomaniaque à l'horizon, mais une conspiration menée par des agents doubles), des décors ternes et froids, et dès lors on ne peut plus proches de la réalité de l'Europe de l'Est, ou de la personnalité de 007. Timothy Dalton en fait un personnage tout en retenue, dangereux et brutal, à l'humour et au sex-appeal limité. Presque un anti-héros en quelque sorte, bien plus proche d'un Jason Bourne que de l'image populaire de James Bond.


Ce décalage trop important a eu raison de la carrière de Dalton en James Bond, et du succès de Tuer n'est pas jouer. Dommage, car le film ne manque pas de qualités, avec une ambiance tendue et solide, une intrigue fournie en rebondissements et rondement menée pendant une heure et demie (la dernière demi-heure, qui voit James Bond aller combattre au côté des Moudjahidins, sombre dans un certain ridicule), et des scènes d'action à la hauteur des standards d'excellence mis en place par la série : la fuite de l'agent secret sur la neige et la glace dans une Aston Martin gonflée à bloc en gadgets est un morceau de bravoure à la fin duquel on a envie d'applaudir des deux mains. S'il n'est pas le meilleur de la série, Tuer n'est pas jouer est un épisode à (re)découvrir.

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