L'Exorciste : critique du démon

Erwan Desbois | 31 octobre 2017 - MAJ : 07/11/2018 13:06
Erwan Desbois | 31 octobre 2017 - MAJ : 07/11/2018 13:06

L'Exorciste fait partie de cette catégorie de films pour lesquels l'expression « imprimer sur la rétine » peut être prise au sens littéral. La force des images agencées par William Friedkin est en effet telle que celles-ci ne s'effacent jamais vraiment de notre esprit, même si le dernier visionnage remonte à plusieurs années. On pense bien sûr aux métamorphoses dantesques subies par la jeune Regan MacNeil (Linda Blair), mais le pouvoir de suggestion du long-métrage rend tout aussi inoubliables des plans pourtant banals : le soleil rougeoyant qui surplombe le lieu de fouilles où se déroule le prologue ou encore l'escalier abrupt situé derrière la maison des MacNeil…. Les souvenirs remontent déjà là, non ?

AIE CONFIANCE, CROIS EN MOI

C'est par l'association d'un réalisme austère à un thème fantastique que William Friedkin est parvenu à transformer même les plans les plus neutres en briques du cauchemar, et ainsi à distiller tout au long du récit une terreur sourde et pernicieuse. L'Exorciste n'est en effet pas tant un film d'horreur primaire qu'un drame usant de ressorts horrifiques pour traiter de thèmes universels. La distinction a son importance, puisque c'est bien de la seconde catégorie que sont issus les films à la fois les plus intéressants sur le fond et qui touchent le plus le public (inutile de revenir sur le méga-succès planétaire au box-office de L'Exorciste). Dans le cas présent, William Friedkin évoque au-delà du prétexte de l'exorcisme des peurs qui nous touchent tous : la mort, la solitude, la perte de foi, ou encore la mise en danger d'un enfant fragile et innocent.

 

Culte de chez culte


Le metteur en scène filme des personnages désarçonnés par ces tourments, et qui y cherchent désespérément une solution, une délivrance. Pour Chris, la mère de Regan (Ellen Burstyn) comme pour le père Karras (Jason Miller), le rituel d'exorcisme (qui n'occupe en définitive que le dernier quart d'heure du film) est en réalité la dernière étape du long chemin de croix déclenché par l'irruption de la souffrance dans des vies jusque là épargnées, et l'ultime solution envisageable lorsque toutes les méthodes objectives ont échoué.

En suivant patiemment les parcours respectifs de ces deux personnages, William Friedkin nous prépare progressivement à accepter l'innommable, la contamination du monde par le Mal. La lutte finale entre l'homme d'église et le démon n'en prend que plus d'impact, car le scénario nous a poussé à croire à l'éventualité de ce combat, puis nous a prouvé son inéluctabilité ainsi que son caractère définitif.

 

Contamination du monde... et de l'enfance

ORANSSI PAZUZU

Bien sûr, l'impact du film (et en particulier de ses séquences-chocs) doit également beaucoup au grand talent visuel de William Friedkin. Tel un chef d'orchestre, il combine avec brio tous les instruments de mise en scène à sa disposition pour pousser à son paroxysme l'allégorie du combat entre le Bien et le Mal qu'est L'Exorciste

Construction très symbolique de certains plans (en particulier au cours du morceau de bravoure qu'est le prologue quasi-muet), sons inquiétants et inhumains de plus en plus présents, effets visuels extrêmement graphiques, brutalité du montage. Sur ce dernier point surtout, William Friedkin joue avec nos nerfs en usant astucieusement du montage parallèle pour nous ramener régulièrement sur le personnage du prêtre alors même que les « symptômes » de Regan empirent scène après scène.

 

Fumer au lit c'est mal pourtant


Ironiquement, cette limpidité du message, outre qu'elle occasionne quelques longueurs, rend finalement L'Exorciste moins intéressant que d'autres films, plus troubles et plus habiles, de William Friedkin sur le même thème du Bien et du Mal. En comparaison par exemple d'un Police fédérale Los Angeles, qui nous bouscule beaucoup plus, L'Exorciste fait quelque peu figure de démonstration limitée qui tourne à l'exercice de style –mais qui continuera malgré tout à engendrer une peur bleue chez des générations de spectateurs.

 

Résumé

Plus de quarante ans après, L'Exorciste nous met encore les boules. Et si, en bons fanatiques de Friedkin que nous sommes, on lui préfère certains autres films, c'est simplement parce que nous sommes d'incorrigibles pinailleurs, il n'y a aucune raison pour que vous ne fonciez pas dessus à la moindre occasion.

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commentaires
prof west
02/11/2018 à 07:04

Vous savez c'était encore les bonnes années ou ils savaient faire de bons doublages vff
J'insiste pas pour les allergiques a la vff mais pour les autres je vous assure que le premier doublage est bien meilleur plus dans le délire le 2001 gache toute l'ambiance du context et fait plus passer ce film pour une comédie .

Mr Vide
01/11/2018 à 22:50

Du coup, deux doublages ne font t'ils pas un triplage?

jacamel
01/11/2018 à 21:57

@ericrousselet , @jingo : ... surtout en VOSTFR !!! où l'on perd une grande partie de l'image, de la mise en scène du film, absorbé que nous sommes à lire les sous-titres, et encore plus si le scénario est complexe. J'ai eu l'occasion de voir Inception de Nolan en VOSTFR on est très vite largué !

jingo
01/11/2018 à 20:59

Cette guéguerre entre voir un film en VO ou pas est juste ridicule, chacun voit midi à sa porte et par ses propres moyens. À la limite, je peux comprendre quand la formulation vient d'un type qui maîtrise parfaitement la langue et qu'il peut se taper des films sans sous-titres mais le dénigrement systématique du doublage me fait rigoler surtout quand on se permet de dire qu'il faut le mater en VOSTFR. Et puis j'ai vu des films qui passaient mieux en étant doublés qu'en VO, surtout que les doubleurs français sont plutôt bons dans le domaine et essaient au maximum de ne pas trahir l’œuvre tant au niveau du jeu de l'acteur doublé ou au niveau de la traduction.

ericrousselet
01/11/2018 à 15:58

prof west
A voir en VOSTFR donc les versions françaises on s'en moque.

Y Boy
01/11/2018 à 11:00

A revoir... Lors de ma première vision j'étais mort de rire, en adolescent stupide que j'étais.
@profwest : par définition tous les doublages sont à la noix, un film ça s'écoute avec la voix des acteurs qui jouent dedans, non ?

jorgio69
01/11/2018 à 10:53

Un excellent film d'horreur que j'ai, à chaque fois, plaisir à revoir.
L'acteur qui fait le prêtre me rappelle, bizarrement, Lino Ventura avec son regard hyper chaleureux.
Ce film et "La malédiction" de Richard Donner, sorti 2 ans plus tard, sont des petits bijoux offerts aux spectateurs par deux très grands réalisateurs.

davmey
01/11/2018 à 10:02

@Number6

Pareil. Ce film est à la fois soporifique et comique. Comment ne pas hurler de rire devant toutes ces fadaises chrétiennes? Impossible d'avoir peur quand on ne croit pas à ces conneries

Number6
01/11/2018 à 08:04

J'ai honte, mais je me suis tjrs fait chier devant ce film...

prof west
01/11/2018 à 07:04

Tout simplement encore a ce jour le meilleur film de possession réalisé , j'ai jamais vu aucun autre film qui lui arrive a la cheville .

A voir dans son premier doublage de 1973 , et non pas le doublage a la noix refait en 2001

https://www.youtube.com/watch?v=lV2olcBnEQM

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