Critique : La Mouche 2

Erwan Desbois | 23 janvier 2006
Erwan Desbois | 23 janvier 2006

« Tel père, tel fils ». Il est certain que ce n'est pas avec une accroche pareille que La Mouche 2 allait récupérer les faveurs des fans du film culte de David Cronenberg, qui se sentaient déjà trahis par l'existence même de cette suite réalisée à des fins purement commerciales. Malgré ce lourd héritage et un réalisateur novice (Chris Walas, spécialiste des effets spéciaux promu au poste de metteur en scène en récompense pour ses bons et loyaux services – Les Aventuriers de l'arche perdue, Gremlins, et un Oscar pour le premier volet de La Mouche), La Mouche 2 est loin d'être le désastre auquel on pourrait s'attendre, et remplit honorablement ses fonctions de série B horrifique gore et pas trop stupide.


Pour ce qui est du gore, le pré-générique donne le ton avec une scène d'accouchement particulièrement répugnante. L'être qui sort du ventre de Veronica – la compagne de Seth, le héros du premier volet –, et qui la tue au passage, est Martin, un hybride entre homme et mouche dont les capacités mystérieuses se manifestent dans un premier temps par une croissance accélérée : à cinq ans, il a déjà le corps d'un homme de vingt ans, un cerveau de surdoué et ne dort jamais. Surprise, le scénario prend un malin plaisir à s'en tenir là pour ce qui est du fantastique dans toute la première heure du film. À l'exception d'une scène cauchemardesque très marquante, il préfère en effet raconter la réussite professionnelle et sentimentale de Martin, qui reprend avec succès les travaux de son père sur la téléportation pour le compte de Bartok, un scientifique machiavélique et véreux, et tombe amoureux d'une charmante demoiselle. Cette partie du récit sous forme de bluette est l'occasion de découvrir Eric Stoltz dans un rôle aux antipodes des personnages déviants qui ont fait sa réputation (en particulier chez Tarantino et Avary, de Pulp fiction à Killing Zoe) : un jeune premier propre sur lui, pour lequel Stoltz est étonnamment convaincant et porte le film sur ses épaules.


Tout ceci est malgré tout loin d'être foncièrement excitant, et l'idylle amoureuse prête même à sourire par sa platitude et ses maladresses. Mais la rupture brutale qui se produit lorsque la mutation génétique de Martin passe au stade supérieur n'en est que plus efficace : de choyé, ce dernier devient tout à coup pourchassé par les hommes de Bartok et voit son univers parfait s'écrouler autour de lui aussi vite que son corps se métamorphose. La Mouche 2 joue alors sur des ficelles paranoïaques et dramatiques classiques mais toujours efficaces pour faire du destin de Martin une tragédie humaine poignante. Celle-ci doit beaucoup à la partition à la fois puissante et sensible du compositeur Christopher Young, ainsi qu'à l'interprétation d'Eric Stoltz, à nouveau parfait malgré le complet changement de registre.


Ce n'est finalement pas un hasard si le soufflé retombe dans la dernière partie : aussi réussi soit-il, le monstre que devient Martin a bien du mal à charrier autant d'émotions que la version humaine du personnage. Même si le gore fait son grand retour (en particulier via un écrasement particulièrement jubilatoire d'une tête par un ascenseur), La Mouche 2 repasse alors en pilotage automatique et se termine comme un – bon – film de monstre parmi tant d'autres, honnête mais sans génie.

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