Critique : Sholay

Flavien Bellevue | 16 décembre 2005
Flavien Bellevue | 16 décembre 2005

Vous commencez à connaître les films Bollywood avec leurs chants, numéros de danses et leurs situations mélodramatiques et comiques hauts en couleurs mais lorsque ce cinéma s'attaque au genre western, cela donne Sholay. Film, aujourd'hui, légendaire, Sholay fait l'objet d'un véritable culte, du même acabit qu'un Star Wars voire d'un Magicien d'Oz, pour tout un peuple.


Réalisé en 1975, Sholay (souvent traduit par Les Flammes du soleil) est le troisième film du réalisateur Ramesh Sippy, âgé à l'époque de seulement 29 ans. Avec un certain brio, le jeune cinéaste se réapproprie le genre en l'intégrant dans le schéma Bollywood. La narration est toujours ponctuée de numéros de chants et de danses avec ses romances, ses situations comiques et mélodramatiques et propose bien un combat manichéen comme les Indiens savent en faire, idéal pour le genre abordé ici. Le film ajoute également une certaine dose de cruauté qui est l'emblème du cinéma indien et du cinéma en général, des années 70, se démarquant ainsi de la décennie précédente.


Au delà de cet aspect, Sholay reste un divertissement et permet également de voir tout un condensé de ce que le western a pu offrir à ses spectateurs : des panoramiques dévoilant des plaines de terre rouges rappelant l'ouest de John Ford, une attaque de train mémorable, des ralentis issus de films de Sam Peckinpah, un effroyable massacre d'une famille attendant l'arrivée du patriarche en train et l'oppression d'un tyran fou sur un village défendu par deux vaillants justiciers…Tout y est ou presque et pour cause, le scénario est un croisement des Sept Mercenaires de John Sturges (1960) (et de facto Les sept samouraïs d'Akira Kurosawa) et d'Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone (1968).


Si le film possède une telle popularité, c'est tout d'abord parce que le scénario du célèbre tandem de scénaristes Salim Khan/Javed Akthar, offre des héros rebelles qui ne répondent pas au schéma du héros populaire des années cinquante qui, lui, se soumettait à la fatalité de son destin. En outre, Khan et Akthar proposent comme trame principale une vengeance. Elle oppose Thakur, ancien chef de police devenu grand propriétaire terrien à l'infâme Gabbar Singh, véritable tyran sanguinaire qui opprime le petit village de Ramgarh. Thakur fera donc appel à deux bandits, Veeru et Jaidev, qu'il a arrêtés jadis, pour lui prêter main forte. Veeru et Jaidev sont donc les anti-héros de ce western « curry » et transportent avec eux un fort lien d'amitié et de liberté que ce soit dans l'action ou dans leurs chants. Bien évidemment, à deux héros, deux histoires d'amours impossibles, avec le couple comique et trivial Veeru/Basanti et le couple dramatique Jaidev/Radha. Si l'un donnera lieu à des scènes hilarantes et des numéros musicaux mémorables, l'autre cédera plus à des jeux de regards et à des non-dits.


Le public indien retrouve ses stars fétiches de l'époque, l'excellent Sanjeev Kumar dans le rôle de Thakur et Dharmendra (Veeru), les stars montantes Amitabh Bachchan (Jaidev), qui, en 1975, signe un autre succès avec Deewaar (le mur) de Yash Chopra, Jaya Badhuri (Radha), future Madame Bachchan, Hema Malini (Basanti) et un inconnu qui aura là le rôle de sa carrière, Amjad Khan dans le rôle de Gabbar Singh. Sacrifiant toute une famille ou obligeant la pauvre Basanti à danser sur du verre pour sauver son amour, la barbarie de Gabbar est sans limite. Cet imprévisible personnage possède une telle cruauté et un tel charisme qu'il marquera le public et fera de lui le plus grand méchant de l'histoire du cinéma indien. Un œil occidental aura toutefois du mal à accepter parfois l'aspect surjoué du comédien qui rend son personnage souvent trop caricatural.


L'inévitable point fort de Sholay comme tout bon film Bollywood qui se respecte, se trouve du côté de la musique signée par Rahul Dev Burman. Parmi les moments musicaux mémorables, on retient l'excellent et inquiétant thème de Gabbar qui rappellera à certains des thèmes similaires dans le western spaghetti. Bien que Burman ait orchestré sa musique pour soutenir l'action d'un western, il inclut bien des musiques et des chants typiquement indiens. Tous les numéros musicaux sont quasiment devenus des classiques en Inde à commencer par celui de la fête des couleurs (Hole Ke Din), magnifiquement mise en scène par Sippy et doublé par les stars Lata Mangeshkar et Kishore Kumar. On peut aussi évoquer le thème de Veeru et Jaidev, sorte d'hymne à l'amitié (Yeh Dosti), le thème de la séduction (Mehbooba Mehbooba) où Gabbar se délecte d'une envoûtante danseuse ou encore la scène supplice de Basanti, dansant pour libérer Veeru (Haa jab tak hai jaan), qui fait écho au film sublime Pakeezah (cœur pur) de Kamal Amrohi, succès de l'année 1971. Ces scènes apportent une fraîcheur au récit, temporisent plus ou moins l'action et permettent au réalisateur Ramesh Sippy quelques audaces visuelles au travers de magnifiques travellings, des surcadrages et une caméra virevoltante, en marge des scènes d'action. Si on ajoute à cela un travail du son avec des silences « léoniens » qui accentuent la violence et des voix caverneuses qui dramatisent encore plus certains personnages, Sholay est une réussite artistique majeure.


Toutefois, le film s'alourdit parfois de nombreux flash-backs (dont un comique qui est hommage au Dictateur de Chaplin) même s'ils sont nécessaires car caractéristiques du cinéma Bollywood (il faut que le public comprenne ce qu'ont vécu les personnages et partage au « mieux » leurs souffrances). Empreint d'une certaine nostalgie par son côté kitsch (bien qu'on soit dans un western, les personnages ont un look 70's), et offrant un grand spectacle avec son lot de joie, de romance, de rebondissements et de cruauté, Sholay est résolument une œuvre incontournable du cinéma indien qui a le plus grand des mérites artistiques : ne pas laisser indifférent.

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