Le Masque de Zorro : critique de cape et d'épée

Zorg | 5 mai 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Zorg | 5 mai 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Zorro est mort, vive Zorro ! Voilà comment résumer au plus court Le Masque de Zorro de Martin Campbell, transposition sur grand écran des aventures du célèbre justicier mexicain. Gros carton en 1998 (plus de 250 millions au box-office, pour un budget officiel de 95), le film porté par Antonio Banderas et Catherine Zeta-Jones est donc bien connu, et reste un petit plaisir pour beaucoup de monde.

ZO-REVIENS

C'est toujours le même problème avec les adaptations de vieux mythes : les auteurs sont confrontés au sempiternel dilemme de devoir renouveler tout en ne trahissant pas l'esprit qui a fait le succès du matériau d'origine tout en s'adaptant aux contraintes modernes. Or de l'eau a coulé sous les ponts depuis les dernières aventures télévisées en noir et blanc avec Guy Williams. Dès lors, comment revitaliser le personnage ? La solution, c'est donc de nous échanger notre baril de vieux Zorro fatigué et essoré jusqu'à la dernière goutte contre deux barils de Zorro Nouvelle Formule. Un Zorro nouvelle génération donc, qui parvient à injecter une bonne dose de sang neuf dans ce mythe indéboulonnable du justicier au grand coeur, sans trahir la mémoire de ses glorieux aînés.

Cependant, même si ce Masque de Zorro prend un tour « film d'action » très fortement prononcé (Martin Campbell est l'homme derrière GoldenEye et Casino Royale), que les morts y sont nombreuses, et que le ton général est loin d'être à la rigolade ou même simplement bon enfant, les défenseurs des droits de l'homme peuvent se tranquilliser : nous ne sommes pas encore dans Un justicier dans la ville et Charles Bronson n'a pas chipé son costume couleur corbeau à Don Diego de la Vega.

Il faut d'ailleurs admettre à ce titre qu'il n'aurait pas été humainement concevable de voir le célèbre renard masqué se balader dans les rues fusil mitrailleur au poing pour dézinguer les voleurs de sacs-à-main ou bien avec un bazooka sous le bras pour débarasser la ville des dealers de tequila frelatée. Fin de la parenthèse.

 

Photo Antonio BanderasÀ la pointe de l'été, je renais

 

ZESTE DE NOSTALGIE

Antonio Banderas reçoit donc la lourde charge d'incarner un des « vigilante » les plus célèbres et il faut bien reconnaître que le plus américain des acteurs espagnols s'en sort relativement bien. Il arbore avec bravoure et conviction le masque du célèbre Zorro, patrouillant la sierra à bord de son fidèle Tornado, modèle 1500W avec accessoires et commande vocale, garantie 3 ans pièces et main d'oeuvre, risquant sa vie et celle de son fidèle destrier pour redresser les torts, protéger la veuve et l'orphelin, et accessoirement ridiculiser la maréchaussée.

Il trouve en Catherine Zeta-Jones une partenaire aux charmes et à l'esprit aussi aiguisés qu'une lame de tolède, en Anthony Hopkins un mentor à peine échappé du château d'If et suffisamment roublard et maniéré pour faire d'un vulgaire voleur de poules un aristocrate bon teint, et enfin en Stuart Wilson et Matt Letscher des adversaires aussi machiavéliques que sanguinaires.

 

Photo Catherine Zeta-JonesLe duo qui a beaucoup joué dans le succès du film

 

Ainsi, ce Zorro des temps modernes bénéficie d'un boost indéniable en matière de cascades, et Martin Campbell sait parfaitement adapter sa réalisation pleine de savoir-faire aux circonstances. Les scènes de duel sont d'un rare dynamisme, les explosions semblent être tirées d'un manuel de démolisseur écrit par Richard Donner ou Renny Harlin, et les quelques scènes intimistes servent réellement à faire avancer l'histoire (l'alchimie entre Antonio Banderas et Catherine Zeta-Jones fonctionne à merveille), même si elles s'avèrent un peu bavardes au bout du compte.

C'est dans l'ensemble académique, mais efficace. Enfin, dernier détail, le film a été fait « à l'ancienne », sans avoir recours aux effets numériques désormais incontournables dans ce genre de production. C'est un petit plus qui mérite d'être d'autant plus souligné que son successeur, La Légende de Zorro, en est truffé.

 

Photo Antonio Banderas, Anthony HopkinsJeune padawan

 

C'est certainement une question de génération, mais on peut regretter à cause de ce coup de jeune que certains aspects les plus connus de la série aient été mis au placard : Bernardo répond aux abonnés absents, tout comme le sergent Garcia, dont la balourde absence se fait cruellement sentir tout au long du film, et le gentilhomme derrière le justicier est pour ainsi dire dépouillé de toute la sobriété et toute la finesse dont pouvait faire preuve Don Diego de la Vega sur le petit écran.

Ce Nouveau Zorro est certes toujours aussi prompt à humilier ses adversaires, mais il manque tout de même la petite touche d'élégance fin de 19e siècle que l'illustre prédécesseur d'Antonio Banderas arrivait à faire passer plus finement.

 

Affiche française

Résumé

Le Masque de Zorro est un divertissement de très bonne facture, pas forcément très subtil car délaissant la réelle roublardise du personnage au profit d'une débauche d'effets pyrotechniques, mais qui fait finalement preuve de cohérence et d'une réelle efficacité. La cure de jouvence est réussie.

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commentaires
Pat Rick
06/05/2020 à 11:44

Jamais revu mais souvenir d'un film plutôt divertissant par contre sa suite était ratée.

Pseudo1
06/05/2020 à 10:44

Je vous trouve assez sévère. Dans le genre reboot/suite, je le mets sur un pied d'égalité avec Star Trek de Abrams : à la fois respectueux du matériau d'origine, et plantant un nouveau décor avec brio.
Bien vu d'avoir souligné que le film a été fait à l'ancienne, c'est grâce à ça que le film vieillit très bien. Et vindiou, cette poursuite à cheval est encore aujourd'hui apte à décrocher la machoire !

Par contre, petite erreur, le sergent Garcia est bien présent dans le film, il est même clairement cité au début (Armando Garcia). Par contre, il a en effet assez peu de scènes (le début avec les frères Murrieta adultes, la baston de la caserne, et la poursuite à cheval) et est assez éloigné de l'image maladroite qu'on en a (on la devine, mais l'accent n'est pas mis dessus).
Pour Bernardo, le vrai est en effet absent, mais son ombre est présente à travers Hopkins (il utilise ce pseudo en jouant le rôle du valet de Banderas)

Numberz
06/05/2020 à 01:57

Excellent mal aimé. Et la musique de Tina Arena, j'y peux rien, elle est resté dans ma tête depuis la sortie du film.
J'adore. Sans doute un de mes premiers DVD. Avec Beowulf de Christophe Lambert. Mais là, je suis impardonnable.

KastorSuper
05/05/2020 à 22:38

Je viens de le racheter en blu ray il est excellent

Myst
05/05/2020 à 21:19

Film de mon enfance, c'est toujours un plaisir de le revoir, et des films grand spectacle de ce calibre, cela fait bien longtemps que l'on n'en a pas vu. Petit précision par rapport a l'article: le sergent garcia et bernardo absent? Alors non, ils sont bien la, mais pour le premier, on ne le nomme pas, mais est un runing gag (c'est le sergent qui est toujours la, dans l'ascienda puis a la fin de la poursuite a cheval), ensuite bernardo, c'est don diego lui même qui prend ce nom en couverture pour accompagné en tant que serviteur de Zorro au bal, puis pour approcher Elena.

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