Critique : Le Colosse de Hong-Kong

Patrick Antona | 28 octobre 2005
Patrick Antona | 28 octobre 2005

En attaquant cette chronique, on se demande comment on peut expliquer le charme que Le Colosse de Hong-Kong dégage, et ce, près de 30 ans après sa sortie. Car si le film est marqué par le sceau du kitchissime et de l'exploitation, il réussit à éviter les écueils qui l'auraient fait basculer dans le bis le plus total par un côté fun complètement assumé, un rythme trépidant et un sens du tragique lors de son final qui permet de le réévaluer sensiblement.


Décalquant à quelques détails près les péripéties de King Kong, le film narre dans son début la recherche du fameux Peking Man (un figurant dans une combinaison à l'instar de Rick Backer dans le King Kong de 1976) par des explorateurs intrépides , à savoir Danny « The Killer » Lee à ses débuts et l'ineffable Ku Feng. Venus de Hong-Kong pour des motifs bien différents: le premier cherchant l'aventure après une déception amoureuse (!), le second étant motivé par l'argent (sacré Ku Feng), ils s'engagent dans une traque émaillée d'attaques animales derrière des rétroprojections assez pourries agrémentées d'un peu de gore. Non seulement Danny Lee trouve le singe géant qui terrorise toute une région perdue du Népal (enfin c'est plutôt Danny Lee qui est cueilli) mais aussi une cousine de Sheena reine de la Jungle, protégée du colosse et accessoirement vêtue d'un pagne qui permet au spectateur mâle de ne rien perdre d'une anatomie des plus avantageuses.


Dans le rôle de la fille de la jungle à la chevelure peroxydée, Evelyn Kraft a acquis ainsi un statut de starlette quasi-immortelle, au regard d'une filmographie qui ne comporte que comme autres titres de gloire un Lady Dracula de bien mauvaise réputation et un Arrête ton char... bidasse! dont le titre illustre bien la qualité. S'ensuit par la suite d'inénarrables scènes dégoulinantes de mièvrerie avec Danny Lee et Evelyn Krat faisant mu-muse avec le tigre, courant main dans la main sous le soleil couchant (du ZAZ avant l'heure ?) mais qui ont le mérite de montrer Evelyn Kraft sous toutes les coutures possibles. Car, comme tout bon film estampillé Shaw Brothers des années 70, un érotisme discret est toujours le bienvenu, au grand dam de notre yéti géant qui verra sa belle se jeter dans les bras glabres de Danny Lee, préférés à ses membres trop velus (ou alors est-ce une question de taille ?).


Et le film de reprendre les traces de son illustre modèle, avec le déracinement de la bête (en compagnie de la belle) vers la civilisation, et qui finit par être exposé en attraction de cirque (vous aviez oublié Ku Feng ?). Ce qui nous permet d'admirer au passage quelques jolis maquettes, et une belle pas franchement convaincue du progrès des dessous en cuir par rapport à son deux-pièces en peaux de bêtes.


Et lorsque le libidineux Ku Feng tentera de violer Evelyn Kraft (qui a conservé son bikini en peau de bête in fine), notre Mighty Peking Man se muera en Colosse de Hong-Kong, entrant dans une rage totale qui lui fera casser quelques buildings en balsa et autres ponts en modèles réduits, tout en piétinnant allègrement quelques badauds, pour faire comme son cousin de Skull Island.


Inutile de dire que ce final violent est le must d'un film où le sort tragique du singe géant finira par faire germer chez le spectateur une certaine compassion (il faut dire que l'on voit toujours autant Evelyn Kraft, cela aide !), nullement ampoulée par des effets spéciaux basiques mais efficaces.


Hautement plus recommandable et fréquentable que le remake de King Kong sorti un an auparavant, et disposant d'un atout que le film de John Guillermin ne possédait pas (Evelyn Kraft !), Le Colosse de Hong-Kong est l'objet filmique à posséder pour tout amateur de films de monstre qui se respecte, titillant avec autant de bonheur le post-adolescent pré-pubère qui sommeille en nous. N'ai-je pas oublié de dire que Ku Feng est absolument génial en méchant capitaliste ?

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