Critique : La Bataille des Ardennes

Francis Moury | 27 mai 2005
Francis Moury | 27 mai 2005

La Bataille des Ardennes (USA, 1965) de Ken Annakin est un film de guerre apprécié des enfants depuis sa sortie : le réalisateur n'est qu'un technicien qui n'hésite pas à souligner trois ou quatre fois ce qu'un adulte aurait compris du premier coup d'œil. Le film est prétexte à une exposition de matériel militaire en action, enrobé dans un scénario un peu trop élargi pour parvenir à rendre compte du réel qui n'est pour lui qu'un prétexte patriotique cent fois vu et finalement desservi par son casting pléthorique de stars venues faire acte de présence. Le film sur la bataille des Ardennes, ce n'est bien sûr pas celui d'Annakin mais le Bastogne (USA, 1949) de William Wellmann ! Cependant, outre le plaisir de retrouver ce succès de nos cours de récréations enfantines qui nous rajeunit, le film vaut tout de même aujourd'hui d'être vu ou revu.


D'abord pour sa valeur documentaire intacte du point de vue historique (même si les faits sont assez grossièrement synthétisés, comme le signale honnêtement le générique de fin) et militaire. Bien sûr, il y a des maquettes (bien faites d'ailleurs, comme celle de la ville d'Amblève qui coûta assez cher à fabriquer) mais une bonne partie des chars Tigres allemands (équipé de son redoutable canon de 90mm) et des chars Sherman américains sont authentiques ; le reste des armes légères employées des deux côtés est correct ; la tactique, les uniformes, les décorations ont été vérifiées par des conseillers militaires des deux camps qui furent partie prenante « exécutives ». Et les décors dans lesquels évoluent ces matériels sont souvent de beaux extérieurs naturels. Le sérieux d'Hollywood joue à plein : un des généraux allemands fut conseiller militaire ainsi que trois gradés américains qui avaient tous été enrôlés dans des opérations réelles.


Ensuite, en raison de la performance du grand acteur Robert Shaw en officier nietzschéen qui ne vit que pour la guerre : il est le seul à doter son personnage d'une énergie et d'une puissance véritable. C'est d'ailleurs du côté des « méchants » que les acteurs sont le plus convaincant. Le casting « allié » cachetonne ou se livre à son numéro habituel. Le scénario de Philip Yordan, Milton Sperling et John Melson ménage ainsi de très belles scènes : Werner Peters présentant à Robert Shaw une nouvelle Allemagne souterraine et redoutable ; Robert Shaw refusant la prostituée qu'on lui offre afin de conserver son énergie pour la guerre ; les jeunes pilotes de chars Tigre chantant le « Panzerlied » pour prouver leur ardeur au combat à leur chef ; Ty Hardin en chef de commando parachutiste allemand rusé et froid se faisant passer pour un allié afin de mieux abattre ces derniers ; l'ordonnance de Robert Shaw lassée de la guerre symbolisant l'Allemagne des « malgré-nous » ; la mort de Shaw accomplissant l'idée qu'il se faisait de son destin. On y croit bien davantage qu'aux froids officiers officiers campés par Dana Andrews, Robert Ryan, Charles Bronson. Seul Henry Fonda et le jeune lieutenant rescapé du massacre des prisonniers joué par James McArthur émergent un peu, mais pas assez pour rivaliser avec leurs ennemis en intérêt dramaturgique : ils demeurent convenus. Et on est lassé rétrospectivement du numéro de soldat débrouillard de Telly Savalas : on préfèrait nettement ce dernier en « salopard » chez Robert Aldrich, tant qu'à faire.


Enfin et surtout, à cause de la beauté du format Ultra-Panavision Cinerama bien marié au Technicolor par le grand directeur de la photographie Jack Hildyard et à cause du soin apporté à la direction artistique par le non moins grand Eugène Lourié qui fut le collaborateur de Jean Renoir, de Samuel Fuller, d'Albert Zugsmith mais aussi le réalisateur du génial film fantastique Gorgo (Grande-Bretagne, 1961) et de quelques autres. C'est probablement à eux deux, bien plus qu'au brave mais simplet Ken Annakin, qu'on doit les quelques bonnes idées plastiques (le char Tigre embusqué à la sortie d'un tunnel pour abattre un convoi ferroviaire de canons de 155) et beaux plans (l'arrivée de Shaw sur la ville assiégée, filmée « à hauteur de Tigre » en caméra portée mi-subjective, mi-objective) qui parsèment le film, suffisamment percutants pour qu'on les conserve en mémoire quarante ans après leur première vision.

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