Critique : Les Aventures d'Indiana Jones (la tétralogie)

Que peut–-on aujourd‘hui écrire de plus sur la la trilogie Indiana Jones ?


Il est de bon ton de dire que le premier est le plus réussi (vrai), que le deuxième verse dans le gore et l'outrance (vrai aussi), enfin que le troisième déçoit et se laisse aller à quelques facilités (vrai également).

Si Harrison Ford accroche un personnage mythique de plus à son palmarès, les Indy girls, au même titre que les James Bond girls, sont vouées aux oubliettes cinématographiques (à l'exception de Kate Kapshaw qui épousera Spielberg, l'aura de cette série n'aura guère porté chance à Karen Allen ni à Alison Doody).


Il n'empêche qu'en l'espace de trois films et 15 ans le trio Lucas, Spielberg, Ford aura redéfini un pan entier du cinéma d'action et influencé durablement la production hollywoodienne en redonnant aux films d'exploitation leurs lettres de noblesse (la série devrait plutôt s'appeler les chroniques de Indiana Jones). Certes, avec des moyens que les faiseurs de films de studios des années 40 n'avaient pas mais quelle différence entre Allan Quatermain et Indiana Jones ? Si ce n'est le talent.


La logique Spielberg/Lucas s'applique aux films serials comme elle s'est appliquée - ou s'appliquera - aux films de guerre, de monstres, d'extra-terrestres : faire du neuf avec du vieux, recycler un pan entier du cinéma d'antan et le redonner à voir, nettoyé de ses vieux oripeaux et remis au goût du jour en Dolby SR (maintenant en 5.1) et en scope s'il vous plait. Howard Hawks n'a t-il pas dit au sujet de ce format qu'il n'était bon que pour filmer des serpents et des enterrements (cf. La terre des Pharaons) ce qui nous ramène tout logiquement au premier volet de la trilogie.


Premier film d'aventures à être nominé aux Oscars pour sa mise en scène, Les aventuriers de l'arche perdue permet à Spielberg de multiplier les scènes de bravoure après un prologue de légende (qui n'aura de cesse d'être copié) et de poser les bases d'une série déclinable à l'infini (ce que Lucas ne manquera pas de faire sous la forme de jeux vidéos et d'un spin-off télé assez brillant : The young Indiana Jones chronicle) et de se réapproprier l'imagerie de la seconde guerre mondiale à des fins de pur divertissement : les soldats nazis sont des entités maléfiques qui subiront le châtiment divin non pas en rapport à leur statut idéologique et historique mais parce qu'ils sont des méchants de bande dessinées absolus (Spielberg utilise enfin la blague du cintre dépliable d'abord perçu comme un outil de torture qu'il avait tenté déjà de mettre dans 1941, sans succès). L'heure n'est pas encore aux considérations éthiques et historiques du futur réalisateur de La liste de Schindler. La seconde guerre mondiale n'est encore qu'un immense terrain de jeu où Spielberg peut déployer son extraordinaire sens de la mise en scène.


C'est sur ce même terrain de jeu qu'auront d'ailleurs lieu les retrouvailles d'Indy avec une formule plus appropriée au succès après les égarements de ce dernier en Asie (Indiana Jones et le temple maudit). Dans La dernière Croisade, Indy retrouve son père, sa quête à haute teneur religieuse (après l'arche sacrée des Commandements, le saint Graal) et ses enemis d'antan : les nazis. Spielberg ose même mettre en scène une rencontre incroyable entre la grande et la petite histoire : Indy face à Hitler. Le réalisateur se serait-il permis ce type d'humour quelques années plus tard ? S'il apparaît comme l'épisode le plus « faible » , ce troisième volet familial et plus conforme aux attentes du public des années 90 (?) n'en reste pas moins très agréable, l'action passant au second plan derrière la savoureuse relation père / fils joué avec une belle alchimie par Harrison Ford et Sean Connery.


Le deuxième épisode (à la chronologie aléatoire : se passe t-il avant le premier ?) reste néammoins le film le plus atypique de la série. S'affranchissant de tout ce qui a fait le succès du premier, Spielberg plonge plus en avant dans la mémoire de Hollywood convoquant au passage l'imaginaire de Fritz Lang (Le tombeau hindou), Joseph Von Sternberg (Shanghaï gesture) et tant d'autres classiques du film « exotique » pour réaliser avec Indiana Jones et le temple maudit son film le plus bizarre. Violent, glauque, gore au possible pour un film familial et commercial de cet ampleur (le PG-13 fut créé tout spécialement pour lui, Spielberg « refusant » que son film soit classé R), le réalisateur nous convie à un grand huit sans équivalent dans le cinéma des années 80 qui culmine dans la scène des wagonnets lancés à pleine vitesse où tout se retrouve démultiplié : personnages, action, gore, cruauté. Rien n'est épargné au spectateur qui ressort exsangue et vaguement nauséeux de la projection : les parents dégoûtés devant tant de violence, les enfants ravis ou en larmes, qui ne pourront jamais plus ingurgiter de soupe. S'il laisse une partie du public et de la censure perplexe, Indiana Jones et le temple maudit n'en est pas moins un succès important et la preuve indéniable que Steven Spielberg n'est jamais aussi bon que lorsqu'il s'oublie (A.I.).

 

Les aventuriers de l'arche perdue : 5/5

Indiana Jones et le temple maudit : 4,5/5

Indiana Jones et la dernière croisade : 4/5

 

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