Empire du soleil : Critique

Julien Welter | 23 mars 2006
Julien Welter | 23 mars 2006

Il faut le savoir, Steven Spielberg est un réalisateur en proie à une fièvre américaine qui trouble parfois ses oeuvres personnelles : le sentimentalisme. En luttant contre cette tendance qui ronge de niaiserie ses plus belles mises en scène, il a ainsi divisé son oeuvre en deux catégories : les films qui, à l'image de ceux de son idole François Truffaut, se sont débarrassé de ce travers et les autres. Dans son combat, ses armes ont été le second degré (le jeu de Richard Dreyfuss dans Rencontres du troisième type ou de Leonardo Di Caprio dans Arrête-moi si tu peux), l'extrême naïveté (E.T.) ou plus récemment la violence (Il faut sauver le soldat Ryan). Sans ces petites touches, Steven Spielberg frôle le ratage. On pourra évoquer ainsi The Terminal ou Amistad, les lamentations poussives d'Oskar Schindler à la fin de La Liste de Schindler, ou la trop grande maestria façon Arthur Penn de Sugerland Express.

En se tenant au simple résumé de l'histoire, Empire du Soleil avait tout de la catastrophe spielbergienne : point de vue infantile, exotisme bon marché et plaisir malsain de pouvoir filmer une période de guerre. Mais voilà, l'enfant dont est relatée l'histoire, était J.G. Ballard. L'auteur du roman Crash avait décrit dans son autobiographie Empire du Soleil sa folle errance en pleine seconde guerre mondiale dans un territoire devenu étranger. Ce point de vue particulier, ainsi que la présence de Tom Stoppard à l'écriture du script (auteur de la pièce Rosencrantz et Guilderstein sont mort et co-scénariste de Brazil), permette aux fantasmes de Steven Spielberg de trouver un socle sain. 

 

 

Le réalisateur est évidemment fasciné par cette période qu'il n'avait pu aborder jusqu'à présent que sous l'angle de la comédie (1941) ou de l'aventure (Les aventuriers de l'arche perdue). Après son premier mélo à Oscar (La Couleur Pourpre, qui finalement ne lui rapportera rien), il avait cette assise suffisante pour une première vision réaliste de la seconde guerre mondiale. Tous ce qui fait son cinéma, la fascination pour l'aventure et l'héroïsme, trouve ici une justification dans l'inconscience puis la folie du jeune garçon. Jouant en morse avec les bateaux de guerre, vivant comme un coq en pâte dans le camp d'internement puis admirant l'attaque de celui-ci par les avions américains, le garçon n'y voit qu'un terrain de jeu pour sa perte de repère, une succession de beauté dénuée de toutes notions de morts ou de guerre. Tout ce qui est impressionnant, l'est parce qu'ils sont vus à travers les yeux d'un enfant mal éduqué puis dérangé. Assainissement inespéré du discours de Spielberg sur la guerre puisque contrairement à Il faut sauver le soldat Ryan qui se plaisait à jouer la guerre et à la montrer telle qu'elle est, ici il montre la fascination de celle-ci et en devient plus juste. 

 

  

Il n'y a pas d'ailleurs pas d'autre héros aux yeux du garçon que celui qui a la force c'est-à-dire l'odieux Basie puis les brutaux mais braves Japonais. Les américains comme les anglais ou les chinois sont tous des civils qui essaient de survivre et que Jim ne peut vénérer puisqu'il cherche l'héroïsme chez les vainqueurs. Cette fascination qui transcende les inimitiés est bien sûr un enjeu de l'absence d'éducation et de cette fascination pour la guerre. Steven Spielberg montre que l'enfant est une pièce immuable qui s'adapte à tout. En témoigne le tour en rond à vélo qu'il fait dans ces lieux vidés que sont sa maison et le camp. L'absence totale de parent ne l'oblige qu'à attendre une figure capable de le prendre en charge, d'abord le personnage monstrueux joué par John Malkovich, ensuite les américains.

 

Résumé

Dans cette vision presque cynique de l'enfance, Steven Spielberg atteint une justesse inespérée puisqu'il nous dit que tout peut n'être qu'un jeu et nous mets en garde contre les travers moraux de cet idée.

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