Critique : Révélations

Thomas Douineau | 22 avril 2005
Thomas Douineau | 22 avril 2005

Pour tous les fans de Heat ou du Dernier des Mohicans et pour ceux qui suivent Michael Mann depuis ses débuts à la télévision lorsqu'il écrivait des épisodes de Starsky et Hutch ou inventait le concept ''Armani-manches retroussées'' pour sa série Miami Vice, la sortie de Révélations au cinéma fut un évènement. L'attente fut longue mais le film, fort de ses 7 nominations à l'Oscar dont Meilleur film et Meilleur réalisateur, excuse le cinéaste de nous avoir fait patienter. Car cette attente fut justifiée et le résultat à la hauteur : grandiose !


Car Michael Mann, non content d'avoir imprimé son cinéma particulier fait d'épure et de stylisation dans des genres aussi divers que le film de psychopathe (Sixième sens/Manhunter), le film de gangsters (Heat) ou le film en costumes (Le dernier des Mohicans), s'attaque ici aux thèmes qui ont fait la gloire des grands films contestataires des années 70 comme Les hommes du Président ou Network. Il franchit ainsi un grand pas en passant du film de genre au grand film classique, sublimant encore un peu plus sur sa mise en scène, poussant encore plus loin son style, preuve d'une maturité de cinéaste qui peaufine et s'affirme de film en film.


Mais sur un fait divers qui a secoué l'opinion publique et qui a permis de dénoncer les magouilles mettant en danger la vie d'autrui, Mann ne perd pas de vue l'essence même de son cinéma : les personnages. Et là, dans chaque scène, nous reconnaissons l'écriture du cinéaste, toujours soucieux de placer ses héros dans leurs familles respectives pour leur donner une proximité et une crédibilité. Chaque scène est écrite avec justesse, chaque phrase est pesée pour créer son effet, chaque geste participe de l'expression de ses personnages qui, au fur et à mesure, plient sous le poids du système mais dont une rage intérieure les pousse à aller de l'avant. Le film démarre sur une coïncidence : le journaliste a besoin de quelqu'un pour décoder les dossiers anonymes qu'on lui envoie. On lui propose Jeffrey Wigand. Dès le premier contact, son instinct d'homme de terrain expérimenté (la première séquence avec le Cheikh sert d'ailleurs à assoir son aura professionnelle) va sentir que l'homme cache un secret. Dès lors, sa frénésie de découvrir la vérité et de la faire éclater au grand jour ne va plus le quitter. Devant le blocage de CBS pour diffuser le reportage, le journaliste se retrouve à lutter contre un pouvoir (la direction à l'étage au-dessus) et contre l'abandon de son informateur. Le film se divise d'alors en deux parties : dans un premier temps le spectateur est avec Crowe, puis une fois sa tâche accomplit et son sac vidé, on l'abandonne au profit de Pacino, qui pour faire vivre l'information et contre-carré la campagne de désinformation engagée contre sa source, deviendra lui-même l'«insider» au sein de CBS, donnant des informations compromettantes à la presse écrite.

     
Plan 1 : Champ                                                  Plan 2 : Contre-champ

Plan 3 : Plan d'ensemble

Plan 4 : Plan d'ensemble transgressif de la règle des 180°, caméra de l'autre côté de la table

Plan 3 bis : Retour au plan d'ensemble

On ne peut s'empêcher de pester contre l'Académie des Oscars. Ne pas donner l'Oscar du Meilleur réalisateur à Michael Mann relève de l'imbécillité tant sa mise en scène caméra à l'épaule est fluide, épurée, tant la lumière participe du propos, tant la direction d'acteurs est parfaite et le montage ébouriffant. Michael Mann s'autorise plusieurs morceaux de bravoure comme la séquence du golf où le spectateur a l'impression de débarquer sur une autre planète ou les séquences d'échanges téléphoniques qui semblent à chaque fois atteindre un fragile point d'équilibre qu'une habile utilisation de la musique rend paroxystique.


Michael Mann a cette faculté de cerner avec précision l'endroit exact, le moment précis où la scène, le plan, la séquence doit basculer vers le (la) suivant(e). Non content d'avoir assimilé toutes les règles du cinéma, lui qui produit, écrit et dirige ses films, il se permet maintenant de les transgresser, créant sur le spectateur un impact d'autant plus fort. Cet équilibre parfait ente une histoire puissante, des acteurs étonnants, une mise en scène inventive, représente tout ce que l'on est en droit d'attendre du cinéma américain contemporain. Michael Mann en est sans conteste le réalisateur-phare. La «griffe Mann» permet, par la simple comptemplation de ses images, de capter le spectateur. Un challenge purement cinématographique relevé haut la main.

Résumé

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