Critique : Flammes sur l'Asie

Mise à jour : 16/02/2018 12:11 - Créé : 15 mars 2005 - Francis Moury
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Flammes sur l'Asie (The Hunters, USA, 1958) de Dick Powell est d'une beauté plastique constante. Cet ancien acteur visible dans bien des productions classiques (comédies musicales, film noir, etc.) est ici producteur et réalisateur. Powell a en effet tourné, en tant que cinéaste, cinq films de 1953 à 1958. Les deux plus beaux sont justement Flammes sur l'Asie et Torpilles sous l'Atlantique (The Enemy below, USA 1957) : ils constituent d'ailleurs un diptyque thématique naturel.


Le scénario de Flammes sur l'Asie écrit par Wendell Mayes fait passer, à travers une structure alliant film de guerre et mélodrame parfois proche du roman-photo, une certaine virulence que la mise en scène de Powell n'affadit nullement. Elle la sert au contraire avec sobriété, sincérité, puissance dramatique aussi souvent qu'elle le peut. Notons que cette peinture de la Guerre de Corée présente les protagonistes d'une manière qui n'est pas uniforme : non seulement les langues (la version originale permet de distinguer nettement le chinois des soldats de l'armée de la R.P.C. de Mao du japonais, celui des serveuses et employées lorsque Saville est en permission) mais aussi les situations concrètes de ce conflit sont assez nuancées pour ne pas être seulement une pâle propagande – qu'elles sont aussi, bien sûr. La séquence étonnante de violence qui voit une famille coréenne chrétienne exterminée froidement par une section chinoise sous les yeux incrédules des pilotes ne cesse pas de surprendre encore aujourd'hui. La photographie, dans sa sobriété tout objective, capte les paysages dénudés du sol coréen aussi bien que les émotions des hommes qui la survolent. Enfin, la peinture psychologique des soldats est réaliste même si tempérée par l'héroïsme de la dernière partie : peur de la mort et honte de la peur (Abbott), courage, cynisme et plaisir sadique et sombre du combat (les personnages joués par Mitchum et Wagner) sont fixés sur une peinture d'un Japon à l'arrière plan qui symbolise la normalité d'une paix retrouvée. Le personnage principal de Mitchum est lui-même assez ambivalent pour demeurer crédible : l'acteur l'incarne à la perfection avec une flamme sourde, parfois inquiétante. May Britt compose un personnage féminin d'artiste norvégienne immigrée aux U.S.A. puis expatriée au Japon intéressant par son altérité : l'actrice est belle et sensible.


Seule fausse note au réalisme des équipements et des armes légères visibles dans Flammes sur l'Asie : une patrouille chinoise utilise une batterie de mitrailleuses Browning cal. 50 (12,7mm) pour tirer sur l'avion de Robert Wagner. Mais on peut à la rigueur supposer qu'ils les ont récupérées sur les troupes américaines à la suite d'un combat. Pour le reste, valeur historique intacte du matériel militaire. Les séquences aériennes (qui n'ont pas été photographiées par le même directeur photo) sont également d'une beauté à couper le souffle : montage, profondeur de champs, trucages et effets spéciaux y sont remarquables d'efficacité et de poésie. Deux conseillers militaires de l'U.S.A.F. sont crédités au générique : Powell les a utilisés comme le reste des techniciens et du casting pour construire un film homogène, structurellement robuste et qui résiste parfaitement aux modes et au temps.


Note additionnelle : l'interprétation donnée par le 54e escadron aérien Américain du logo « 7-11 » peint sur le fuselage de l'aviateur ennemi le plus redoutable est peut-être fausse : ce sigle peut renvoyer ironiquement au nom d'une chaîne de petits supermarchés répandus dans toute l'Asie, encore aujourd'hui, et ouverts de 7h du matin à 11h du soir. Mais les Américains, peu familiers de l'économie asiatique, l'interprètent d'une manière renvoyant à leur propre sociologie. Seul le scénariste Wendell Mayes pourrait aujourd'hui nous confirmer si telle était son intention.

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