Critique : Extrême préjudice

Francis Moury | 2 mars 2008
Francis Moury | 2 mars 2008

Extrême préjudice (USA 1987) de Walter Hill est un des fleurons du cinéma de la violence des années 1980-1990. Produit par Kassar et Vajna (les producteurs de la série des Rambo), écrit à partir d'une idée originale de John Milius, doté d'une des plus belles partitions de Goldsmith (un quasi-hommage à Maurice Ravel), ce film avait effrayé lors de sa sortie la critique du journal Le Monde qui se demandait en guise de conclusion à son article si Walter Hill n'était pas un cas pathologique tant il éprouvait visiblement de plaisir à filmer la mort. Bien sûr l'hommage au final de The Wild bunch (La Horde sauvage, USA 1969) de Sam Peckimpah n'était pas passé inaperçu, mais l'ambition intrinsèque du film laissait perplexe les intellectuels français. Quel était le message de Hill ?

 

 

Eh bien, près de vingt ans après la sortie en salle de cette pièce maîtresse de sa filmographie, on peut encore se poser la question… en vain car c'est une question vaine ! Notre réponse est qu'en fait, Hill n'a aucun message particulier à délivrer : c'est un pur artisan, un cinéaste de genre. Lorsqu'on trouve chez lui une recherche formelle, elle n'a pour unique but que de renforcer l'efficacité narrative. Hill a emprunté des idées à John Boorman, à Sam Peckimpah et il les a ré-adaptées à sa manière, souvent en les épurant et en les rendant d'une redoutable efficacité mais au prix d'une relative perte de substance. Extrême préjudice est doté d'un budget moins ample que celui de The Warriors (Les Guerriers de la nuit, USA 1979) : on pourrait le comparer à Southern comfort (Sans retour, USA 1981) dans la mesure où Powers Boothe y est déjà l'une des vedettes, et dans la mesure où le ton y est également pessimiste et virulent.

 

 

Est-ce à dire que Hill, n'étant ni un cinéaste original ni un intellectuel voulant faire passer explicitement une vision du monde (mis à part celle de la « survie », ce thème fondamental du cinéma américain de la violence), soit un cinéaste méprisable ? C'est tout le contraire ! Ses bons films (il vaut mieux être sélectif car Hill est prolifique et n'a pas fait que des chefs-d'œuvre ; c'est un cinéaste assez inégal) sont remarquables lorsque plusieurs éléments nécessaires sont réunis. Dans l'ordre suivant de nécessité : un bon scénario (contrairement à ce qu'on a pu entendre ou lire à l'époque, ce scénario-ci est remarquable), un bon casting (Nolte, Boothe, Ironside sont excellents et les acteurs de seconds rôles aussi), une belle direction de la photographie, une belle musique, un budget lui permettant de donner à son histoire une dimension suffisamment attrayante et variée.

 

 

C'est ici le cas. Extrême préjudice constitue même un point d'équilibre original dans sa filmographie entre le réalisme de Hard times (Le Bagarreur, USA 1975) et le baroque récurrent de The Warriors. Ce cinéma populaire d'assouvissement (dont la gratuité est revendiquée : personne n'y croit du début à la fin : les personnages sont des caricatures – mis à part le personnage d'Ironside, tragique et inquiétant à la fois, faustien pour tout dire) est d'un tel raffinement technique qu'il en acquiert le statut d'œoeuvre d'art pur, le plus aisément du monde. Et si Hill était, en fin de compte, un authentique formaliste ignoré pour cause de non-intellectualisme ?

 

 

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