Crossing Guard : critique coupable

Thomas Douineau | 27 janvier 2005
Thomas Douineau | 27 janvier 2005

Sean Penn est décidément un homme à fleur de peau. Quand il met toute son énergie et toute sa sensibilité pour nous offrir un deuxième film de l'envergure émotionnelle et de la richesse thématique de Crossing Guard, nous pouvons dire (en exagérant un peu ?) qu'il touche à la grâce.

De mémoire, seuls les récents Dirty pretty things, de Stephen Frears, ou In America, de Jim Sheridan, ont réussi à nous transmettre un tel concentré d'émotions à travers une peinture des tréfonds de l'âme humaine, éternellement déchirée par deux sentiments contradictoires. À la fois nocturne et désespéré, lumineux et porteur d'espoir, Crossing guard est une œuvre sidérante de bout en bout, tant par la qualité de sa description que par la maîtrise de sa mise en scène et de sa direction d'acteurs.

En guise de point de départ, le film traite de la vulnérabilité d'un père confronté à la mort de sa fille, tuée par un chauffard sous l'emprise de la boisson. De là se déploie une histoire où la douleur est inscrite à l'ordre du jour, où la vie montre toute sa cruauté, théâtre d'un choc frontal entre deux hommes ennemis et pourtant si proches. Entre Freddy Gale (Jack Nicholson) qui veut semer la mort, ne rêvant que de se venger pour abréger ses souffrances et John Booth (David Morse) que les remords et cinq ans de prison empêchent de retourner à la vie, il y a un immense vide à combler, une plaie sombre et béante qui ne peut se résorber qu'en répondant à des questions essentielles : qu'est-ce la culpabilité ? Qu'est-ce que la justice ? Où est le pardon ? Qu'est-ce que l'amour de parents pour ses enfants ou pour sa femme ?

 

Deux évènements presque simultanés (la mort accidentelle du fils de son ami Éric Clapton en 1991, et la naissance de son premier enfant) ont poussé Sean Penn à écrire Crossing Guard, avec la volonté intiale de s'affranchir de toute contrainte pour laisser s'exprimer librement et pleinement les acteurs au sein de la tragédie. Le résultat est un David Morse magistral et un Jack Nicholson au sommet de son art, complètement abandonné à son personnage, mis à nu. Il suffit pour s'en convaincre de revoir la scène au restaurant avec son ex-femme, jouée par Angelica Huston (dont Nicholson était séparé au moment du tournage, après quinze ans de vie commune). Sean Penn, pudique avec ses comédiens, filme ses personnages au plus juste, au travers d'une réalisation sobre, s'attachant à un geste, un regard, un silence, un tempo. Une manière de faire qui, à l'instar d'un Michael Mann, permet de trouver le point d'équilibre parfait d'une scène.

 

 

Résumé

Certains verront en Crossing guard un effarant mélo... Pourtant, en réalisant par la suite The Pledge, Sean Penn confirmera tout en affirmant son style. Poursuivant dans cette veine, il commence une carrière de grand réalisateur bouleversante d'humanité.

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