Critique : Undead

Par La Rédaction
17 décembre 2004
MAJ : 29 mai 2024
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Undead n’a pas inventé l’eau chaude c’est le moins que l’on puisse dire. Les frères Spierig nourris au cinéma de genre se revendiquent de ses petits auteurs qui parviennent à faire des choses à partir de rien ou presque, à l’instar de Peter Jackson qui fait office de grand frère avoué et d‘initiateur. Comme souvent pour un film au budget si minime qui avoisine le petit million de dollars, ils occupent tous les postes exécutifs, à la fois producteurs, scénaristes, monteurs, superviseurs des effets et réalisateurs. Mais cela suffit-il à en faire un bon film ? Undead n’est-il qu’une bête de festival ?


À première vue, il possède toutes les caractéristiques du zombie movie tels qu’on peut l’imaginer : tripes et têtes explosées, corps découpés dans toute leur hauteur ou cervelle dévorée crue. Un catalogue gore qui, s’inspirant de ses nombreuses influences, ne propose en définitive rien de très original, que ce soit sur le papier, où le scénario tient sur un timbre-poste, comme au niveau de la mise en scène qui se veut respectueuse mais reste inégale malgré toute sa bonne volonté. Ainsi, même si l’on prend la peine de le regarder avec détachement, reste-t-on stupéfait par l’interprétation tout simplement imbuvable des comédiens et en particulier du chef de police. En raison de répliques d’une bêtise abyssale, certaines scènes et dialogues gâchent le plaisir dégagé par les premières minutes. La palme revient au flic hâbleur et trouillard que l’on a envie de flinguer au bout de trois dialogues imbitables. Les frères ont beau vouloir justifier son attitude puérile sous couvert d’humour, la pilule reste difficile à avaler. Heureusement, Marion, le héros charismatique prêt à en découdre avec les armes, et René, seule femme à laquelle on puisse s’identifier, sauvent les meubles et du coup une possible catastrophe qui n’arrivera pas. L’actrice Felecity Mason, par sa beauté et son économie de jeu, reste la vraie révélation de Undead.


L’autre élément susceptible de déranger est le décalque, voire le pillage, de certains plans qui trahissent la faiblesse du scénario, alors qu’il portait ses fruits dans d’autres films d‘horreur. On pense à Evil dead pour les accélérés sur les visages, à Bad taste pour le côté bricolé, à La Nuit des morts-vivants pour l’emprunt de la cave où se réfugient les intéressés, et surtout à Zombie pour la caractérisation des monstres, revenants de l’Enfer pour se repaître de chair humaine, ou encore pour cette séquence où les héros vident les étals d‘un supermarché pour se rassasier. L’esthétique, quant à elle, est d’une froideur clinique rappelant l’ambiance de Ugly, de Scott Reynolds, et plongeant les trois quarts du film dans l’obscurité. Entre deux coups de flingue chorégraphiés comme du western spaghetti à la sauce Sam Raimi et deux dialogues qu‘on croirait issus d‘une sitcom dégénérée, cette comédie fantastique s’accorde une assez longue plage d’explications qui pose les fondations de l’histoire et révèle via une séquence à la limite du Z le pourquoi du comment (il faut voir l’attaque des poissons-zombies sur le pauvre pêcheur), en justifiant la présence du porte-bonheur que Marion porte à son cou. Si le film frôle sans arrêt le grotesque pendant une heure, il devient soudain très sérieux, à l’image des scènes introductives qui cèdent sans doute trop vite à un ton parodique loin d’être convaincant, en dépit d’effets visuels réussis.


Dans Undead, la rupture de ton se révèle malgré tout payante sur la fin, qui montre deux personnalités se battant pour faire entendre leurs voix et leur amour du cinéma bis, chose difficile à contester en soit. Si le personnage du flic n’avait pas été aussi horripilant, et si le sérieux initial du long métrage n’avait pas été mis de côté au profit d’un ton proche de la pochade visant un public plus large, sans doute aurions-eu nous affaire à une grande série B. Malgré son hésitation permanente à choisir entre le sérieux et le second degré, la troisième partie du film, après l’horreur fourre-tout, opère un virage onirique inattendu, où les idées de SF commencent à germer, et qui lui permettent d’atteindre une autre dimension, proche de l’univers du Peter Jackson du début des années quatre-vingt-dix. Bad taste ouvrait les festivités en 1986, d’une certaine manière Undead referme une petite parenthèse. Une autre risque de s’ouvrir très bientôt. On attend donc la suite, pour l’instant ça n’est que le hors-d’œuvre.

Michel Strachinescu

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