Ocean's Eleven : critique

Laurent Pécha | 15 décembre 2004 - MAJ : 14/06/2018 00:55
Laurent Pécha | 15 décembre 2004 - MAJ : 14/06/2018 00:55

Après TrafficSteven Soderbergh laisse de côté l'aspect auteurisant de son cinéma pour s'offrir un film de pur divertissement. 

Remakant l'un des plus célèbres films du Rat Pack (la bande de crooners à l'attitude ultra-cool composée notamment de Frank Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis Jr.), le réalisateur d'Erin Brockovich est bien décidé à en mettre plein la vue à son public, et pour cela il a une méthode quasi infaillible : un casting de rêve composé des plus grandes stars hollywoodiennes du moment, George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Andy Garcia et Julia Roberts (sans compter que dans des rôles de moindre importance on retrouve des comédiens aussi chevronnés que Don Cheadle, Elliott Gould ou encore Carl Reiner). Avec une telle distribution et un scénario hautement efficace (une spectaculaire tentative de braquage de trois des plus gros casinos de Las Vegas), Soderbergh a entre les mains ce que tout amateur de poker rêve d'avoir : une quinte flush royale susceptible de nous offrir un film euphorisant, une sorte de pop-corn movie ultimement sophistiqué.

 


Il y a alors en fait deux façons d'accueillir Ocean's eleven. Il s'agit finalement d'un état d'esprit : soit on a tendance à voir le verre à moitié vide, soit à moitié plein. Le cinéphile pessimiste regrettera ainsi vivement qu'une telle débauche de talents n'aboutisse qu'à un simple film distrayant, certes brillant dans sa forme mais assez vain et pas toujours abouti (certains comédiens, et on pense en particulier à Julia Roberts, ne se voyant pas offrir la possibilité d'exprimer tout leur savoir-faire). Le spectateur enclin à plus d'optimisme sera ravi qu'un cinéaste aussi doué et intelligent que Soderbergh s'engouffre dans un style de cinéma grand public, marchant sur les plates-bandes de réalisateurs tâcherons incapables d'offrir au public des films divertissants qui fassent quelque peu marcher son intellect.

 


Du film original, Soderbergh n'a finalement gardé que le canevas de base (un groupe de onze individus se mettant en tête de dévaliser des casinos à Las Vegas), axant son récit avant tout sur le casse et la manière dont sont organisés les préparatifs de l'opération. Résultat : alors que le film du Rat Pack traînait en longueur et ne valait surtout que pour l'interprétation de ses comédiens (mis à part une fin cynique et hautement jouissive que Soderbergh n'a malheureusement pas reprise), le nouveau Ocean's eleven joue à fond la carte de l'efficacité.
Appliqué comme jamais, Soderbergh (il avoue dans les interviews avoir forcé sa nature et s'être longuement inspiré de la science de la mise en scène de McTiernan et Fincher pour concocter ses plans) parvient à insuffler à son récit tout le glamour et la sophistication requis. S'amusant à compliquer à l'extrême son casse, le faisant ainsi ressembler à un épisode de Mission : Impossible (après le discours de George-Ocean-Clooney, le coffre-fort des casinos semble encore plus imprenable que celui de fort Knox), le cinéaste transforme son film en suspense habile au rythme endiablé (le découpage est souvent bluffant de virtuosité).

 


Le revers de la médaille vient alors de la performance des acteurs-stars qui semblent finalement quelque peu délaissés par leur réalisateur, avide de rendre une copie irréprochable. On aurait ainsi aimé qu'ils aient un peu plus de place et de temps pour se donner la réplique, mais leur charisme et l'évidente complicité qui les unit offrent suffisamment de bons moments pour nous faire oublier cette petite déconvenue. S'il fallait sortir un acteur du lot, notre préférence irait à Andy Garcia, tout d'abord parce que le rôle n'existait pas dans la version de 1960, et puis surtout le comédien parvient à rendre terrifiant son personnage de patron de casinos, une sorte de prolongement de Vincent Mancini, le successeur de Michael Corleone dans Le Parrain 3 : il est ainsi calculateur, froid, méfiant à l'extrême et impitoyable, un méchant haut en couleur comme le cinéma américain ne nous en propose guère plus.

 


Ocean's eleven réconforte quelque peu en démontrant que l'art du remake n'est pas vain à partir du moment où l'on parvient à travestir le matériau de base pour se l'approprier. Une chose est sûre à la vision du film, Soderbergh a toutes les qualités requises pour signer des œuvres hautement divertissantes si l'envie ne le titille pas de recommencer à s'aventurer dans un cinéma auteurisant qui ne lui va finalement pas (l'horrible Full frontal). Soderbergh comme garant d'un cinéma hollywoodien de qualité ? On est client, surtout quand on voit que le cinéaste l'a plus que confirmé en cette fin d'année 2004 avec Ocean's twelve, suite nettement supérieure à son « prédecesseur ».

 

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