Critique : Confidences trop intimes

Par Fabien Braule
19 novembre 2004
MAJ : 27 octobre 2018
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D’abord, il y a ce motif triste et ténébreux, indistinct et oppressant, qui s’offre au spectateur comme un trompe-l’œil : une surface plane couverte de papier peint laissant s’incruster les lettres blanches du générique, avant de devenir un couloir à l’incroyable profondeur de champ. Ensuite, il y a le thème goldsmithien de Pascal Estève révélant les turpitudes de cette même surface, de ce même espace. Puis les éclairages d’Edouardo Serra (Le Mari de la coiffeuse, Incassable), et ses cadres maniéristes qui nous transpercent du regard, nous étonnent autant qu’ils nous fascinent. Pas de doute, nous sommes chez Patrice Leconte.

Plus proche de Monsieur Hire que des Bronzés font du ski, Confidences trop intimes est un exercice de style étrange et captivant, une belle réflexion par l’image de la psychologie fragile et compulsive du tout à chacun. Par hasard plutôt que par coïncidence, l’arrivée de Sandrine Bonnaire dans le vie bien rangée et morose de Fabrice Luchini n’a pour but que de renverser les rôles, et de faire se confronter deux personnalités opposées, aussi bien sexuellement que psychologiquement. Leconte aime les personnages forts et originaux, les attirances et les rejets. Du sublime Mari de la coiffeuse à Félix et Lola, en passant par le non moins bouleversant La Fille sur le pont ou le plus récent L’Homme du train, le cinéaste filme les couples et leurs aléas, des histoires simples mais attachantes, souvent poétiques et oniriques. En huis-clos hitchcockien cette fois-ci, le réalisateur instaure une ambiance, feutrée mais angoissante, apporte à ses personnages une identité forte et insondable, faisant d’Anna une réminiscence de Marnie à la fois tragique et mystérieuse. La sensualité effleure le doux visage de Sandrine Bonnaire, tandis que le désir, de plus en plus pressant, naît du regard usé et intrigué de Fabrice Luchini. De cette relation surgit l’envie puis le voyeurisme, à l’image de ses nombreux plans extérieurs où le personnage de William épie de sa fenêtre d’autres couples, aimants ou déchirés, jeunes et vieux. De cette approche où il manie avec virtuosité la quotidienneté d’un vieux garçon maniaque et réservé, Leconte multiplie les points d’analyse sur l’inconscient, sur ces troubles que l’on accepte tant ils apparaissent routiniers et personnels.

En grand cinéaste, Patrice Leconte nous prend par la main et nous conduit dans son univers singulier, où tout est possible sans que l’on s’y attende vraiment. Confidences trop intimes est une œuvre fascinante, une belle parabole sur l’adultère par procuration, où l’érotisme naît de la psychologie avant même d’aborder celui des corps.

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