Critique : La Légende des 7 vampires d'or

Francis Moury | 9 novembre 2004
Francis Moury | 9 novembre 2004

The Legend of the 7 golden vampires (La légende des 7 vampires d'or, GB / HK, 1974), de Roy Ward Baker, est un film historiquement étonnant, témoin d'une alliance unique entre la Hammer Films de Michael Carreras et la Shaw Brothers de l'honorable Run Run Shaw. À l'époque de sa sortie en France, il n'avait satisfait ni les critiques amateurs de Hammer Films anglais, ni ceux de films d'arts martiaux de Hong Kong. On se souvient de la célèbre critique de Jean-Marie Sabatier lors de la sortie du film en France, qui avait employé l'image de la calculette posée sur la table pour analyser méticuleusement et très savoureusement le dosage du film, terme à terme, entre éléments scénaristiques de casting et de décors destinés à satisfaire les deux publics. En revanche, souvenons-nous que ce Roy Ward Baker avait plu au public populaire. Et convenons qu'avec le charme que confère inévitablement la patine du temps à cette incroyable mélange opéré il y a trente ans, on est plus indulgent que notre ancien confrère !

Certes, le Dracula interprété par John Forbes-Robertson n'est plus celui joué par Christopher Lee, mais ses éclairages verdâtres et son maquillage « asiatisé » témoignent déjà par eux-mêmes, autant que l'interprétation de son homologue asiatique Ghan Shen, de l'hallucinante entreprise de dialogue des cultures symbolisée par ce film ! Morts-vivants sortant de la terre, chauves-souris en or massif, combats d'arts martiaux, vampirisme universel, jolie Chinoise et belle Suédoise, sans oublier un discret mais très sympathique message anti-raciste, puisque deux couples métissés se forment avec romantisme. Le film fut intégralement tourné à Hong Kong, qui était encore une colonie anglaise à cette époque. Son rythme d'ensemble est enlevé, on ne s'ennuie pas une minute, et la violence graphique sanglante ainsi que son érotisme récurrent continuent à interdire le film aux enfants.

C'est historiquement le dernier film fantastique de Roy Ward Baker tourné pour la Hammer, et son travail stylistique est très honnête : une certaine sécheresse inquiétante traverse ce conte de fées pour adultes et adolescents, et sa beauté plastique est régulière. Bien sûr, c'est une œuvre de commande, et un Roy Ward Baker mineur si l'on considère les quelques chefs-d'œuvre qu'il a tournés dans les années 1960-1972, au sujet desquels nous renvoyons à sa filmographie disponible dans toute bonne étude sur l'histoire du cinéma fantastique anglais. Mais ce film délirant est tout de même, il faut bien en convenir, unique dans l'histoire du cinéma bis : réunir les actrices Julie Ege (une des dernières bonnes actrices de la Hammer des années soixante-dix) et Shi Szu (une starlette de la Shaw bien connue des spécialistes du cinéma de Hong Kong), sonoriser la campagne chinoise avec la musique de James Bernard, filmer Peter Cushing en professeur d'anthropologie dans une faculté chinoise, et le faire assister de David Chiang dans des combats en rase campagne ou dans une caverne : il fallait oser ! Et on a eu raison : le film est en lui-même modeste mais très plaisant.

Ce Hammer / Shaw, décadent du point de vue de l'histoire de la pureté de style des deux firmes productrices, mérite néanmoins une attention très sympathique du cinéphile dans la mesure où il en restitue l'essence respective, et surtout où il réussit à les allier parfaitement au niveau de la dramaturgie. C'est bel et bien devenu un très étonnant objet d'histoire du cinéma mondial !

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