Critique : La Neuvième Configuration

Fabien Braule | 5 novembre 2004
Fabien Braule | 5 novembre 2004

Film culte visible pour la première fois en nos contrées, La Neuvième Configuration marque les premiers pas de William Peter Blatty (ancien scénariste de Blake Edwards et auteur-scénariste de L'Exorciste) derrière la caméra. Œuvre maudite par excellence, tant Blatty aura connu les pires affronts de la part de la Warner, cette dernière marque sans doute les limites du contrôle d'un grand studio d'une œuvre unique et dérangeante, loin des principes mercantilistes si chers à Hollywood et à l'industrie du cinéma. Entre remontages divers et avariés, coupes franches et promotion mensongère, La Neuvième Configuration, dont le label « film d'horreur » n'est qu'usurpation, pâtira au final du succès légendaire du film de William Friedkin réalisé sept ans plus tôt.

Pourtant, La Neuvième Configuration possède cet extraordinaire don d'être et de ne pas être le film tant espéré par la Warner. Inclassable, et ce dans ses moindres retranchements, le chef-d'œuvre de Blatty bouscule les limites de l'entendement. Dans ce château retiré de tout, la folie des pensionnaires ne fait qu'amplifier le désarroi d'une Amérique meurtrie. Les personnages, tous de pauvres fous, extirpent à leur condition de malade une sincérité et une générosité magnifique et bouleversante. Psychiatres et patients se mélangent, secrets passés et présents se révèlent au final aussi douloureux que l'absence de raison qui traverse l'œuvre de bout en bout. Cependant, au-delà de la parabole sur les conséquences de la guerre du Viêt-Nam, le film s'écarte du cheminement rationnel et se découvre métaphysique.

Parce qu'il est à la fois une œuvre réaliste et un pur objet de fantasme cinématographique, La Neuvième Configuration permet à Blatty de stigmatiser mieux que quiconque ses peurs et ses obsessions sur pellicule, lui qui, enfant, vivait auprès d'une mère bigote. En multipliant les symboles et autres talismans, le cinéaste marque son cinéma d'une pierre blanche, fait de ses écrits passés et de ses films futurs une œuvre cohérente et singulière basée sur la religion, sur la perte et le recouvrement de la foi. À ce titre, les multiples rêves ou cauchemars (le choix appartient ici au spectateur) font figure d'évènements cinématographiques à eux seuls. Entre un décollage lunaire avorté et une crucifixion dans l'espace, le moins que l'on puisse dire c'est que Blatty distille avec un savoir-faire troublant les ambiances, et multiplie jusqu'à l'incompréhension les genres cinématographiques. Mais, non satisfait de faire de son premier long métrage une œuvre forte alliant le drame au fantastique, le cinéaste y affiche aussi un goût prononcé et déconcertant pour le grotesque. La folie apportant son lot de situations burlesques, William Peter Blatty en profite pour multiplier les séquences incongrues et enfonce inéluctablement ses personnages dans le néant le plus total, dont la mise en chantier d'un Hamlet canin restera le plus bel exemple. Entre les deux naît la véritable inquiétude d'un spectateur pris entre deux chaises, au cœur de lieux gothiques et isolés, peuplés de statues aliénées et autres démons de pierre.

Parce qu'il possède cette candeur des premières fois, La Neuvième Configuration peut être considéré comme un miracle du septième art. Plus proche de Fuller et de Shock corridor que de Forman et de Vol au-dessus d'un nid de coucou, le film de Blatty s'affirme bel et bien comme une œuvre aux antipodes de toute logique rationnelle ; une quête sombre et douloureuse sur le retour à la vie et à la raison, loin de tout sentiment de barbarie et de solitude. Une métaphore sur l'expiation en somme.

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