Troie : critique porc-épique

Thomas Douineau | 5 juillet 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Thomas Douineau | 5 juillet 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Qu'est-ce qu'un héros, au sens mythologique du terme ? C'est cette grande question qui est le moteur de Troie. Le grand intérêt du film repose sur cette interrogation et l'affrontement qui en découle.

ACHILLE ET HECTOR

Car Troie met en scène deux types de héros : Hector et Achille. Hector, formidablement interprété par Eric Bana, considère que l'acte héroïque, c'est défendre les siens, défendre son pays, se battre pour une cause. Pour Achille, vaniteux et égocentrique, l'héroïsme se résume à laisser son nom dans l'histoire, même si l'on doit y laisser sa vie. Brad Pitt, tout en muscles saillants et huilés, cheveux blonds, adorateur de son corps, ne pouvait pas mieux interpréter Achille. De ces deux sacrifices pouvaient naître un grand film dramatique, violent et même ambigu.

 

Photo Eric Bana, Orlando BloomHector et Pâris

 

Librement adapté de L'Iliade, d'Homère (et même au-delà, puisque les poèmes d'Homère se clôturent sur la mort d'Hector ; les scénaristes ont donc ajouté l'épisode du cheval de Troie et du talon d'Achille, relatés dans d'autres écrits), Troie pouvait aussi nous rappeler que depuis des siècles, toutes les grandes histoires puisent leur force émotionnelle dans la dramaturgie grecque et que les scénaristes ne cessent de s'inspirer de schémas narratifs antiques (Star Wars, vous connaissez ?).

Malheureusement, Wolfgang Petersen (excellent réalisateur de Das Boot et navrant yes-man de Air Force One) est aux commandes de ce budget astronomique, voire pharaonique (pour l'époque), de 185 millions de dollars. Et plus le film avance, plus le réalisateur s'éloigne de son sujet et transforme son film en un banal film de guerre, absolument pas novateur (GladiatorBraveheart ou Ben-Hur sont déjà passés par là. Peu inspiré dans la mise en scène, Wolfgang Petersen ne sait quel parti choisir, et mélange sans logique de majestueux plans à la grue ou de beaux cadres fixes à des images filmées caméra à l'épaule au coeur des combats (sans parler des étranges fins de plans au ralenti, qui ponctuent le film sans raison apparente).

Prétextant une approche réaliste, il se concentre sur les batailles et occulte l'intervention des divinités dans son récit, négligeant délibérément la portée poétique et spirituelle de l'oeuvre d'Homère.

 

Photo Brad PittIl est où le mythos ? Hein ?

 

ATCHOUM ET TOTOR

Ainsi, une multiplication artificielle des figurants et une musique « vocalisée » à outrance (pauvre James Horner, remplaçant peu inspiré de dernier minute de Gabriel Yared, viré comme un mal propre par la production à la suite de projection-tests jugées désastreuses) suffisent-elles à faire un film épique ? Non, loin de là. Et même si les scénaristes ont tenté d'enrichir leur sujet en mettant l'accent sur l'amour, point de départ de l'adversité des hommes, et en opposant l'insouciance de la jeunesse (le couple Hélène-Pâris) à la gravité des adultes, leurs dialogues sont souvent insipides et cachent leur incapacité, et celle de Petersen, à traiter du vrai sujet cité en introduction.

 

photo, Orlando Bloom, Diane KrugerLegolas et Hélène

 

Tout cela est vraiment dommage car le film bénéficie d'une direction artistique soignée et d'une photographie de Roger Pratt épatante. D'autant plus que l'on croit voir à plusieurs reprises le film revenir sur de bons rails (la rencontre d'Achille avec sa mère, les discussions d'Achille avec la Troyenne ou avec Priam, le combat Hector-Achille nettement plus impressionnant que les milliers de figurants numériques). Mais, au final, on se dit que la guerre de Troie n'a pas eu lieu. Pas en 2004. Pas au cinéma.

 

Affiche française

Résumé

A part la prestation habitée de Brad Pitt et un bel effort de direction artistique, plutôt majestueuse, il n'y a pas grand chose à voir dans ce péplum, au demeurant sympathique mais qui aurait pu être tellement plus.

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commentaires
Birdy
06/07/2018 à 13:12

Maintenant ils ne pouvaient pas non plus prendre la direction beaucoup moins grand public de la série netflix sur Troie, avec un Achille Noir et homosexuel, et des enfants qui meurent... ça reste une guerre type Seigneur des anneaux.

Birdy
06/07/2018 à 13:07

A la rédac : vous ne parlez pas d'un point TRÈS important : il existe une director's cut qui transforme ce film quasi banal et sans âme en très bon film. La violence, les personnages, les dilemmes, tout est plus profond, et bien mieux rythmé.

Alyon
06/07/2018 à 09:42

Alors pas accroché du tout au traitement de l'histoire sans parler des acteurs au physique très hollywoodien, très occidental moderne … et puis à l'époque les chirurgiens esthétiques faisaient déjà des massacres à coup de scalpels et de botox …?

Roukesh
06/07/2018 à 09:19

@Corleone, c'est qui les haineux, ceux qui ne sont pas du même avis que toi?
Depuis les années 2000, il y a eu Gladiator, 300 ou encore Centurion qui selon moi surpassent ce film. Cependant, y a eu pas mal de louper, Ben-hur, et la déception Exodus.

pumba
06/07/2018 à 00:05

film et pas filme

pumba
06/07/2018 à 00:04

il est quand même chouette se filme un très bon divertissement . mais bon ca vaut pas pompei!!

oups j'ai dis une connerie
je sors

Hasgarn
05/07/2018 à 23:42

Un jour je me suis plaint que toute forme de mythologie avait été retiré du métrage et cela lui retirait sa puissance. Mai on m’a répondu avec bienveillance que le film prétendait justement faire plus réaliste pour en faire la base des récits mythologiques qui nous sont parvenu (exemple : la mort d'Achille qui prend plusieurs flèches dans le buffet et une dans la cheville, il parvient à retirer les flèches de son buste mais pas celle de son pied et c’est ainsi qu’il est retrouvé).

Je trouve ce film plutôt bon surtout dans sa version longue, franchement extrême dans sa dernière partie.

corleone
05/07/2018 à 21:48

Film cultissime qui surpasse la majorité des péplums de ces dernières années n'en déplaise aux haineux.

Rico
05/07/2018 à 21:01

Je l'ai trouvé réussi parce que malgré tout y siège un certain souffle épique, que je ne croise plus dans les rares péplum ou film "historiques" de ces dernières années. Le fric a été mieux exploité ici que dans des CGI moisi de nos dernières grandes productions. Enfin les acteurs incarnent quand même leur personnage, excepté Orlando, plus fadasse que jamais.

REA
05/07/2018 à 20:58

Je le trouve toujours aussi bon ce Troie.
Le point négatif serait sa longueur qui se fait bien ressentir vers la fin.

De bons acteurs, de belles scènes, des bonnes répliques...

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