Critique : Wyatt Earp

Thomas Douineau | 15 octobre 2004
Thomas Douineau | 15 octobre 2004

Wyatt Earp est l'exemple même de ces films qui ont tout, sur le papier, de l'idée excitante, mais qui au final n'aboutissent qu'à un résultat indigeste aux ambitions artistiques certes sincères mais anéanties in fine par la lourdeur du projet.

C'est qu'avec son impressionnant casting aux noms prestigieux, « costumés » par la célèbre Colleen Atwood, ses fabuleux décors mis en valeur par le talentueux directeur de la photo Owen Roizman, et sa paire réalisateur – producteur (Lawrence Kasdan – Kevin Costner), grands amateurs du genre, on était en droit d'attendre un western contemporain au classicisme certes avoué mais à l'aura spectaculaire incontestable.

Au lieu de cela, le film de Kasdan apparaît boursouflé, à cause d'une volonté de faire quelque chose de forcément définitif sur OK Corral (trois heures !), délaissant au passage personnages et émotions. Wyatt Earp avance donc lentement, linéairement et de façon prévisible, vers son point culminant déjà mis en scène dans La Poursuite infernale, Règlement de compte à OK Corral ou Tombstone. Tout est certes parfait, propre, minutieusement fabriqué, mais, il faut bien le reconnaître, sans âme, enchaînant pompeusement les scènes comme on enfile des perles au rythme de la musique omniprésente de James Newton Howard dont le thème, utilisé avec plus de parcimonie, aurait pu nous émouvoir. N'optant jamais pour un parti ou un autre, Kasdan filme dès lors son histoire en s'appliquant à y mettre tantôt les figures imposées par le genre, tantôt un romantisme exacerbé, ou tantôt un classicisme qui en devient outrancier. Jamais il ne s'égarera vers une certaine modernité ni n'entretiendra une vision plus personnelle qui aurait pu lui permettre, à l'instar du récent Open range ou de l'incontournable Impitoyable, d'affirmer un style propre et de faire accessoirement évoluer le genre de l'intérieur.

Nous aurions pourtant aimé vibrer devant cette mise en scène irréprochable, mais dont la longueur et l'absence de surprises ne peuvent pas faire oublier les versions de Sturges ou Ford. On se prend souvent à rêver à un film, plus ramassé et tendu, qui aurait gagné en intensité et charisme. Il manque en effet trop souvent à cette histoire d'hommes et de frères l'expression de la vengeance, de l'amitié, du remords, thématiques récurrentes et constitutives de la majeure partie des westerns. Si, en grattant bien derrière le vernis, nous pouvons distinguer des allusions à la famille, la violence, la brutalité des hommes ou la mort, la force émotionnelle du clan Earp et la dimension humaine des personnages n'existent vraiment que grâce à la performance de Denis Quaid, absolument épatant dans le rôle de Doc Holliday, et qui, pendant ces trois heures, parvient à mettre un peu de désordre dans cette mécanique trop bien huilée.

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