Peter Pan : critique qui vole

Eric Dumas | 22 juin 2017 - MAJ : 25/06/2018 17:04
Eric Dumas | 22 juin 2017 - MAJ : 25/06/2018 17:04

De toutes les itérations filmiques de Peter Pan, celle de PJ Hogan de 2003 est légèrement tombée dans l'oubli, et c'est bien dommage, car elle propose des belles audaces et un univers graphique très travaillé.

PETER GRAND

La version du mythe de Peter Pan de P.J. Hogan arrive avec son lot d'innovations et de reprises. Cette nouvelle transposition de va se situer à mi-chemin entre le respect narratif de l'œoeuvre littéraire et la version de Walt Disney. C'est là l'une des réussites de cette vision. Le film se voit offrir une histoire plus cruelle, plus sombre et plus sensuelle, tout en conservant un univers excessif et coloré. C'est l'occasion pour une nouvelle jeune fille de vivre son expérience de Wendy, de faire son voyage.

Ce film est plus violent. Il n'hésite pas à reprendre le côté « barbare » des pirates qui s'entretuent de façon compulsive, le maître du meurtre restant sans conteste le capitaine Crochet, qui assassine ses propres pirates à coups de pistolet. Le réalisateur laisse ainsi apparaître à l'écran l'impact des balles sur les victimes, le sang existe bien au pays imaginaire, et pas uniquement sur les opposants.

 

Crochet, une des plus grosses réussites du film

 

Le mélange violence/humanité offre à la tragédie un magnifique terrain de développement, donnant à la fin du film une puissance jusque-là insoupçonnée. Le dernier combat opposant Peter et Crochet s'aventure dans d'intéressantes réflexions sur le conte, et le plus surprenant, c'est que cela se fait grâce à Crochet. En comprenant ce qui obsède Peter quant à l'amour et la place des sentiments, l'effroi de l'âge adulte, son égoïsme et le côté malintentionné qui le consume, Peter Pan n'apparaît plus uniquement comme un petit garçon refusant de grandir, mais comme un personnage manipulateur, capricieux et désinvolte. Il veut garder Wendy, quitte à lui mentir sur les sentiments de ses parents et la faire souffrir. Crochet renvoie alors à Peter une image de lui qu'il déteste et le transforme en son propre ennemi. Les origines et les devenirs des personnages s'inversent : Peter deviendra peut-être un Crochet, qui lui-même était peut-être un Peter.

Enfin, le film développe un point qui avait totalement disparu des autres versions : la place de la sexualité et de la sensualité. Peter Pan acquiert, au contact des histoires de Wendy (assignée au rôle de mère), une fibre paternelle qu'il souhaite partager avec les enfants perdus.

 

photoMétaphore ?

 

Le film s'ouvre sur une image utilisée dans le livre : le coin d'une bouche maternelle où est posé un baiser inaccessible (celui de Peter ?) et auquel même M. Darling a renoncé. Wendy ne se doute pas que sa tante (une innovation de cette version) le voit poindre à la commissure de ses lèvres et conçoit mal la cohabitation de la jeune fille et de ses frères dans une même chambre. Voilà qui va créer le point de friction de ce début de film. Suite à la dispute que va engendrer cette remarque, Wendy va réaliser qu'elle n'est plus tout à fait une fillette et pas encore une femme.

Son départ pour le pays imaginaire signe d'ailleurs une volonté d'indépendance vis-à-vis de ses parents. Cependant, cet amour unilatéral ne fait d'elle qu'une mère de substitution et une nouvelle camarade de jeux. Avec l'évolution du film, la proximité des corps se fait de façon plus évidente. Cette tendresse naissante va développer chez la petite Clochette une jalousie excessive et le triangle amoureux, déjà présenté dans les autres films, est ici souligné pour montrer que Peter Pan n'est qu'une histoire de cœoeurs malheureux. Crochet et Clochette sont délaissés sentimentalement par Peter qui déserte, en outre, le terrain de jeu.

 

photoLa direction artistique est une belle réussite

IL EST BEAU LE BATEAU

Neverland est cet endroit où la plupart d'entre nous sommes passés, et dont les doux souvenirs relancent cette tendre nostalgie qui nous berce. Voilà ce que le film évoque et ravive à travers ses nombreuses qualités. Durant 113 minutes, le film ramène les spectateurs au pays imaginaire. Cette version, grâce à une sensibilité visuelle exacerbée et à une représentation excessive du merveilleux, force l'éblouissement des yeux et fait voyager les petits comme les grands à travers les étoiles.

P.J. Hogan a su s'entourer de grands techniciens. La photographie, (signée Donald McAlpine) propose des couleurs contrastées et modulables, variant ou s'opposant dans le même plan, et permettent un traitement émotionnel de certains passages grâce à leur intensité…. Se transformant d'une séquence à l'autre, passant d'une extrême accentuation pour les moments les plus dramatiques à des tons pastels pour les plus légers et enfantins, elles offrent au film un véritable moteur affectif.

 

photoPan

 

Les décors et la direction artistique mélangent les textures visuelles (entre images du réel et peintures), créant ainsi une sensation dépaysante, et plaçant par moments les personnages dans un dessin animé. La fée Clochette (Ludivine Sagnier) est d'ailleurs traitée comme un de ces personnages de cartoons où seuls les mimiques et les bruitages permettent le dialogue. Parfaitement bien géré, le personnage trouve une crédibilité inédite. Les nouvelles sirènes et le crocodile, également traité sur le mode du dessin animé, prennent un aspect inédit et réussi. Toutes ces qualités réunies donnent évidemment naissance à un univers graphique extrêmement travaillé et réussi.

 

Résumé

Si tout n'est pas parfait (on pourrait reprocher un certain manque de personnalité), le film est un très bon divertissement qui trace un chemin vers le pays imaginaire : « La deuxième à droite et droit devant jusqu'au matin ! »

Lecteurs

(3.9)

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commentaires

Andarioch
24/06/2018 à 21:15

Poétique, lyrique, fort, jamais gnangnan, la preuve que l'on peut rendre hommage à une oeuvre littéraire dont Disney a fait un must sans trahir ni l'un ni l'autre et sans, en rendant le mythe plus "adulte", plus moderne et moins PEGI 2, se sentir obligé de se vautrer dans la tripaille et l'action bêtement hollywoodienne (suivez mon regard...).
J'ajouterais que le film est initié et co-produit par l'homme d'affaire Mohamed Al-Fayed, père de Dody Al-Fayed (connu pour être mort dans même voiture que lady Diana) en souvenir de son fils à qui il lisait le conte quand il était môme. D'où les moyens confortables dont le film bénéficie.

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