Critique : Aladdin

Sandy Gillet | 11 octobre 2004
Sandy Gillet | 11 octobre 2004

Quand Aladdin sort sur les écrans, Disney finissait d'opérer un redressement à la fois artistique et économique des plus spectaculaires qui allait perdurer et se renforcer durant toute la décennie quatre-vingt-dix. À l'origine, il y a le duo Ron Clements et John Musker, réalisateurs-concepteurs-producteurs de leur état. Leur premier fait d'arme remonte à Basil, détective privé, sans doute le seul bon Disney des années quatre-vingt, mais c'est avec La Petite Sirène que le duo s'affirme réellement en proposant ce qui sera leur marque de fabrique et celle de la compagnie encore aujourd'hui : mélange de dessins traditionnels avec l'imagerie de synthèse, et présence de nombreuses chansons qui deviendront des hits, renouant ainsi avec la tradition maison d'un certain âge d'or.

Avec Aladdin, les deux compères vont encore plus loin, puisque l'humour très british entrevu dans Basil s'est mué ici en hommage direct à Tex Avery ou/et Chuck Jones, avec le personnage du Génie qui finit par voler la vedette à tout le monde. Inversant les rôles et la règle immuable qui veut que le personnage central de l'histoire soit toujours affublé d'un compagnon qui fasse rire, Clements et Musker relèguent au second plan l'intrigue, le héros, voire le méchant, afin de donner au Génie, ainsi qu'à Iago, le perroquet fourbe, toute la place souhaitée et un temps de parole-prestation qui n'en font plus des bouffons expiatoires mais bien des personnages à part entière des plus jubilatoires.
Bien entendu, on sait aussi que les voix associées au talent d'improvisation d'un Robin Williams et d'un Gilbert Gottfried (respectivement génialement doublés, pour le Génie et pour le perroquet Iago, par Richard Darbois et Eric Métayer dans la version française) ont permis d'insuffler ce supplément d'âme nécessaire qui permet de pérenniser à jamais Aladdin dans la mémoire collective.

Avec le recul, on réalise aujourd'hui à quel point il a aussi enfoncé des portes, et permis par exemple à un certain John Lasseter de réaliser Toy story trois ans plus tard. Disney fit de nouveau confiance au duo magique avec Hercule, qui poussait le bouchon encore plus loin tant en terme graphique qu'artistique, ce qui provoqua au passage une perte sèche ainsi que celle d'une bonne partie du public. On ne retrouvera d'ailleurs plus trace de tels paris par la suite, à l'exception notable de Kuzco en 2000 et de Lilo & Stitch en 2002 (deux ovnis jubilatoires). Entre temps, Disney a remis de l'ordre dans la maison en engageant Phill Collins qui, depuis Tarzan, n'en finit plus de singer Alan Menken (le génial créateur de nombre de tubes Disney des années quatre-vingt-dix), en pratiquant aussi la politique du star system et le principe qu'il faut dorénavant toujours une, deux, trois… voix d'acteurs ou actrices connus inscrites au générique.

Aladdin symbolise le renouveau de la maison Disney au cours d'une décennie qui fut flamboyante. Si en le revoyant aujourd'hui le plaisir reste intact, on ne peut s'empêcher de le comparer aux dernières production de la firme aux grandes oreilles (La Planète au trésor, signé pourtant par Clements et Musker, Le Livre de la jungle 2, Frère des ours, La ferme se rebelle…), et de formuler pour elle trois vœux (pieux ?) que l'on pourrait formuler ainsi : créativité, enchantement, audace.

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