La Splendeur des Amberson : critique

Francis Moury | 21 septembre 2004 - MAJ : 02/06/2020 15:51
Francis Moury | 21 septembre 2004 - MAJ : 02/06/2020 15:51

The Magnificent Amberson (La Splendeur des Amberson, USA 1942), d'Orson Welles, est une œuvre qui fut désavouée par son producteur-réalisateur-auteur en raison de son remontage et de l'intégration de nouvelles séquences tournées par le monteur Robert Wise, à la demande de la RKO, co-producteur. Mais tel quel, même réduit de 131 minutes à 88 (en passant peut-être par une copie de 105 minutes, mentionnée par Georges Sadoul en 1965 dans son Dictionnaire des Films), ce second film de Welles demeure bien préférable à son célèbre et surestimé Citizen Kane (USA, 1941).

Le scénario est d'une richesse incomparablement supérieure à celui du film précédent, et donne l'occasion à deux comédiens authentiquement géniaux – Tim Holt (le jeune Amberson) et Agnès Moorehead (sa tante) – de donner le meilleur d'eux-mêmes en incarnant des êtres perdus d'avance, provoquant la mort et la ruine de leur propre famille. Tout ce que les personnages de Citizen Kane avaient d'artificiel, de convenu, est ici gommé, et l'humanité la plus profonde est redonnée à cette peinture remarquable d'une famille très œdipienne intégrée à l'évolution de la société américaine. En presque une heure et demie, quarante ans d'histoire sociale et culturelle sont brossés en arrière-plan : le film commence d'ailleurs par des remarques sur la mode et son évolution. Ce n'est pas un hasard. Welles s'est intéressé à la fois au plus superficiel et au plus profond en les mettant en relation. Il prétend rendre compte de la totalité du réel. Sa démarche est ample, toute balzacienne : on l'a souvent remarqué et c'est absolument vrai.

 

photo, Anne Baxter

 

Par ailleurs, la lisibilité et la virtuosité technique n'ont ici rien à envier à celles de Citizen Kane, qui était plutôt un intéressant coup d'essai qu'un coup de maître. On peut même affirmer que La Splendeur des Amberson amplifie ce qu'il y avait d'efficace dans les recherches stylistiques de Citizen Kane en en gommant tout ce qui était excessif : le résultat est un film bien plus réussi. Ici les plans-séquences, les effets de profondeur de champ, les travellings sont soumis à la nécessité d'une description psychologique et servent le récit et la vérité des personnages, leur perception temporelle et spatiale tout autant qu'affective. On avait l'impression du contraire dans le film précédent. Nul n'est moins bien placé qu'un créateur pour juger de son œuvre, surtout lorsqu'elle lui a échappé. Cet alliage Welles-Wise s'avère parfaitement équilibré relativement à son double sujet : la peinture puissante d'une relation névrotique, et la peinture en demi-teinte d'une évolution culturelle avec laquelle elle fait corps.

 

Affiche

Résumé

Une œoeuvre, en somme, qui l'emporte sur les inspirations initiales de son créateur : ce n'est pas si fréquent, et on se félicite que cela soit arrivé au vu du résultat. La RKO et Wise ont humanisé en profondeur le génie formel de Welles. Le résultat est un des films les plus authentiquement faulknériens de l'histoire du cinéma.

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