Critique : Angels in America

Audrey Zeppegno | 20 septembre 2004
Audrey Zeppegno | 20 septembre 2004

Mini série de 6 heures, Angels in America brosse le portrait de l'Amérique des années Reagan, en alternant des scènes d'un réalisme pessimiste et des instants de bouffées délirantes, au gré de confluences erratiques qui peuvent tout aussi bien séduire que lasser. Adaptée d'une pièce de Tony Kushner récompensée par le prix Pulitzer, cette mini série réalisée par Mike Nichols emprunte la forme d'un diptyque où Juifs, Mormons et Athées cohabitent, le microcosme corrompu des politiques côtoyant le milieu homosexuel frappé par le virus du sida, tandis que l'approche du nouveau millénaire génère son lot de désillusions et de nouvelles catastrophiques. Un avocat véreux y pervertit le bel esprit d'un idéaliste déboussolé, une jeune femme dépressive perce à jour les failles de son mariage, et un couple d'homosexuels surmonte difficilement l'épreuve de cette maladie qui se propage de façon endémique. Les personnages se croisent, confessent leur désarroi respectif, et les intrigues se nouent, témoignant avec justesse des grands maux d'une société moderne en pleine déprime.

En s'appropriant cette fantaisie gaie qui écorche à vif toutes les plaies des États-Unis, Mike Nichols pose sur ses contemporains un regard critique qui n'épargne ni les ratés du gouvernement républicain, ni les croyances alimentées par la religion. Porté par un casting brillant composé de Meryl Streep, Al Pacino et de Marie-Louise Parker, avec une mention spéciale pour Justin Kirk qui livre une performance très émouvante, cette œuvre formule des jugements amers mais rarement caricaturaux, du moins jusqu'à ce que les anges annoncés dans l'intitulé investissent les lieux, en quête d'un prophète à former.

En chassant Dieu, le monde moribond s'est attiré le courroux des anges. Le paradis se déchire et les séraphins décident de remédier au désastre ambiant en stoppant net le progrès des civilisations. Dès lors, la dimension apocalyptique parasite le récit des faits bruts et le scénario déraille, les New-Yorkais ne collent plus du tout à leur profil démographique, et la Grosse Pomme se peuple de créatures burlesques plus bizarroïdes les unes que les autres, faisant basculer cette chronique d'une époque assez bien vue dans une sorte de grand-guignol hallucinant. Pour le coup, les battements d'aile de l'ange incarné par Emma Thompson font bel et bien imploser les fondements politiques et idéologiques de l'Amérique puritaine des années quatre-vingt. Mais au lieu de réveiller la capacité de lucidité des spectateurs, ces apparitions angéliques kitchissimes peuvent tout aussi bien faire sombrer cette fresque dans le registre de la farce grossière.

Attraction ou répulsion, Angels in America provoque des réactions à double tranchant qui laissent un rien perplexe. On peut à la fois aimer et détester cette production HBO qui, après avoir raflé cinq Golden Globes en janvier dernier, vient juste (le 19 septembre) de remporter une pluie de récompenses aux Emmy Awards (7 Emmy dont celui de la meilleure mini-série).

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