Star Wars : Le Retour du Jedi - Critique qui tique

Simon Riaux | 21 septembre 2005 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 21 septembre 2005 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Après une introduction mystique en dépits d'ajouts enfantins, un deuxième épisode adulte et poétique, l'heure était venue pour Lucas de trancher : franchise familiale ou saga épique ? On verra que l'artiste refuse ici de choisir, et offre par la même le meilleur de Star Wars dans les deux extrêmes qui le caractérise : Star Wars : Épisode VI - Le Retour du Jedi de Richard Marquand est à la fois une bouffonnerie stellaire et une aventure spatiale.

DU LARD ET DU COCHON

Mais ne gâchons pas le plaisir tout de suite, car il est toujours présent dans cet épisode, qui réserve aux spectateur quelques unes des images les plus fortes et indélébiles de toute la saga. La découverte de Luke, tout de noir vêtu, aux prises avec la cour déliquescente de Jabba est un grand moment de cinéma. Lucas parvient enfin à pleinement exploiter le potentiel de son acteur trop doux, sans véritable charisme ; en effet la mine blasée de Mark Hamill fait sens après les révélations de L'Empire contre-attaque, sa légèreté s'est envolée. Le premier tiers du film (le sauvetage de ce bon vieux Solo) est une grande réussite, une mise en jambe punchy, qui n'oublie jamais la noirceur de l'opus précédent, irriguée d'une énergie nouvelle.

 

photoUne entrée en matière très digeste

 

C'est après cette première bobine et la disparition terrible de Yoda que le film devient proprement schizophrène, et que tout se gâte. Incapable d'assumer la liquidation du travail accompli sur L'Empire contre-attaque, mais encore réticent à ne se focaliser que sur des créatures attendrissantes et autres bizarreries extra-terrestres, Lucas scinde alors son scénario : Luke ira clore l'histoire bien sagement, pendant que Leïa et Han sont priés de se coltiner une tripotée d'Ewoks dans les bois. Contrairement à ce que l'on lit souvent, le problème ne vient pas tant d'une différence qualitative entre ces deux orientations, mais des directions radicalement opposées qu'elles prennent.

 

LA GUERRE DES WOKE

Quand Luke s'en va accomplir son destin, confirme et approfondit ce que nous relevions dans les critiques des deux épisodes précédents, à savoir que tout héros de science-fiction qu'il soit, il demeure avant tout un héros antique et intemporel, le film embrasse sincèrement son propos. Or, l'arc narratif de la bataille d'Endor n'est jamais le contrepoint léger auquel son ton devrait le cantonner, mais bien un axe à part entière, qui vient contredire le premier. Ici, l'Empire ne protège ses points faibles que d'une poignée de soldats aussi réactifs que des crustacés bouillis, ici, trois ours en peluches mettent en déroute la plus cruelle armée de la galaxie, ici, des cailloux lancés au hasard valent bien les armes les plus létales. Tout cela, dans le rire et la bonne humeur, évidemment. Comment dès lors aborder un film qui n'a aucune idée ce qu'il veut nous raconter ? En étant un peu indulgent, et en dégustant le fruit, plutôt que le ver.

 

photoC'est un piège, mais juste un peu

 

Oui, la seconde moitié du film manque cruellement d'ampleur, cherche à systématiquement simplifier tout ce qui relevait avant de 'limplicité, à rendre concret, matériel et inoffensif tout ce qui fit la richesse des deux films précédents. Mais cet assaut de simplisme ne suffit à étouffer l'ampleur de la fresque spatiale qui se joue, à l'instar d'une bataille spatiale où les personnages, John Williams et les responsables des effets spéciaux semblent littéralement mettre leurs tripes sur la table.

C'est aussi le cas d'un ultime affrontement au sabre laser qui convoque toutes les épreuves précédemment traversées par le héros. Signe de cohérence et d'intelligence des scripts précédents, tout ce qui relevait du sous-entendu, du para-texte, ou du légendaire peut désormais s'incarner sans nous choquer, qu'il s'agisse des pouvoirs de Luke, de l'apparence diabolique de l'Empereur, ou de la multiplication des races extra-terrestres, chaque acte fait sens, gorgé de la mythologie précédemment développée.

 

photoLa mère de toutes les batailles ?

 

Le Retour du Jedi vient clore avec succès une trilogie puissante et fondatrice autant qu'inégale et fragile. À bien y regarder, cette conclusion signe la fin d'un cycle, et préfigure les ratages à venir de Lucas, qu'il s'agisse des aventures des Ewoks, de la multiplication des personnages cartoonesques et inutiles, ou de la dissolution des enjeux, c'est ici que prennent pour la première fois corps les démons de l'artiste. Et ce n'est sans doute pas pour rien qu'il s'agit de l'épisode qui souffre le plus des différents ajouts et transformations anarchiques : ne plus découvrir Jabba nous fait perdre en émotion, les nouvelles créatures de sa cour sont risibles, et ne parlons pas des incrusts embarrassants du pauvre Hayden Christensen

 

Affiche

 

 

Résumé

Malgré, ou peut-être grâce à ses défauts, Le Retour du Jedi est toujours un film extrêmement important, en cela qu'il est l'accomplissement d'un fabuleux récit, et son chant du cygne.

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Lecteurs

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commentaires
Dirty Harry
16/01/2018 à 22:03

L'arrivée de Luke au tout début, tu t'aperçois que le mec pèse : "Jabba si tu n'obtempères pas, je vais tuer tout le monde....Jabba déconne pas....bon je t'avais prévenu"
Et là un génocide survint.
Puis le type met une rouste à Dark Vador...
Bref ce n'est certainement pas le même personnage que ce trouillard grincheux qu'a écrit Rian Johnson dans je ne sais plus quel épisode....

Matt
16/01/2018 à 21:30

Vu en 84 au ciné avec mon père.. du haut de mes 6 ans, les ewoks ne m avaient pas dérangé

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