La Mémoire dans la peau : Critique

Stéphane Argentin | 4 septembre 2006
Stéphane Argentin | 4 septembre 2006

Adapté de l'œoeuvre du romancier Robert Ludlum, maître de la littérature d'espionnage, et premier volet d'une trilogie axée sur le personnage central de Jason Bourne, La Mémoire dans la peau se veut une transcription la plus fidèle possible de l'univers décrit dans les romans. 

Les connaisseurs de ces écrits savent donc par conséquent qu'il est inutile d'espérer de l'action non-stop sur fond de gadgets dernier cri dans le film de Doug Liman. Si Ennemi d'État, le film de Tony Scott, ou bien les aventures de l'agent 007 semblent les représentants tout désignés de ces deux tendances, elles ne sont, dans le cas présent, qu'accessoires et secondaires. Le véritable objectif du film se situant ailleurs : la quête d'identité de Jason Bourne au sein d'un univers crédible.

 

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Pour ce faire, le scénario, linéaire en apparence (découverte d'un indice : on passe d'un lieu A à un lieu B), demeure particulièrement flou sur de nombreux points. Le parti clairement afficher de ne point trop en dire sur les forces en présence (qui traque Bourne ? qui est l'agent double ? pourquoi veut-on tuer Bourne ?) est en parfaite adéquation avec le sujet. C'est le meilleur moyen de traiter du monde secret de l'espionnage en ne montrant que la partie visible de l'iceberg, en allant à contre-courant de l'image véhiculée par les fictions et les médias.

 

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Le pari est donc risqué : en choisissant l'option de ne jamais clarifier les situations pour amener le spectateur à s'identifier au personnage, le film peut également nous perdre en route, voire nous ennuyer. Pour pallier cette éventualité, Doug Liman a su maintenir un suspense constant et crescendo, tout en s'offrant à intervalles réguliers quelques scènes plus mouvementées. Cependant, inutile une fois encore d'espérer une débauche d'effets pyrotechniques. Les affrontements (mano à mano ou armes à feu) et autres poursuites (à pied ou motorisé) ont pour objectif permanent la crédibilité, décidément le maître mot du film (exception faite de la confrontation finale). Un exemple parmi tant d'autres : avant que ne débute la formidable course-poursuite automobile (avec une Austin Mini, fallait oser !), Jason Bourne examine attentivement une carte routière. A-t-on souvent vu le héros étudié son chemin pour semer ses poursuivants? Il a plutôt tendance à foncer sut les routes au hasard sans jamais rencontrer un sens interdit !

 

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Quel serait le niveau de véracité d'une telle fiction sans des personnages crédibles ? Qu'il s'agisse des poursuivants, déterminés et pour une fois partiellement dépassés par la situation, ou bien des poursuivis, tous sont brillamment dépeints et très sobrement interprétés (Matt Damon étant particulièrement convaincant). La réalisation elle aussi jongle à merveille entre calme (moments d'intimité et de doutes) et tempête (la fuite du consulat ou bien le combat dans l'appartement de Bourne sont des perles de mise en scène et de montage), épaulée par un partition musicale signée John Powell (Volte/Face) qui renforce avec brio l'atmosphère de chaque scène, ajoutant souvent à la sécheresse (point de ralenti ou d'explosions sous cinquante angles de caméra différents) et à l'efficacité de la mise en scène, qui rappelle la volonté des réalisateurs des années soixante-dix de filmer de façon extrêmement réaliste (Friedkin en tête). La tension d'une scène d'action ne naît pas du sentiment d'en « prendre plein la tête » au moyen d'un montage épileptique et d'une bande-son fracassante (comme la majorité des films d'action contemporains), mais de l'action elle-même, le personnage étant mis dans une situation extrême.

 

Résumé

Après deux films épatants (Swingers et Go) qui lui ont permis de faire école, Doug Liman se jette donc dans la fosse aux lions hollywoodienne et en ressort... indemne (ou presque), prouvant ainsi qu'avec un minimum de souplesse et un maximum de ténacité (vis-à-vis des studios s'entend), tout espoir de grosses productions sensées n'est pas perdu. Sa Mémoire dans la peau s'impose comme un blockbuster particulièrement ingénieux, bien conçu, réalisé et interprété.

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