Critique : Kill Bill : Volume 2

Julien Sabatier | 1 septembre 2004
Julien Sabatier | 1 septembre 2004

Sacrifié sur l'autel du dieu Dollar, Kill Bill a été scindé en deux volumes. Faisant suite à un premier opus débridé et ultra-référentiel, Kill Bill : Volume 2 en prend, pour ainsi dire, le total contre-pied. En retournant à ses premières amours, Quentin Tarantino privilégie ici l'histoire et les dialogues. À ce titre, l'emploi d'une musique moins démonstrative que naguère s'avère hautement révélateur des aspirations d'un réalisateur qui signe un film beaucoup plus « tarantinien » que ne l'était le volume 1.

Tout d'abord, force est de constater que ce volume 2 comporte beaucoup moins d'action que son illustre prédécesseur. Ceux, sûrement nombreux, qui s'attendaient à une surenchère dans les combats pourront donc être quelque peu désappointés, étant donné qu'à part une confrontation barbare entre Elle Driver et The Bride, le film est finalement assez calme en matière d'affrontements physiques. Plus que jamais au vu de ce second opus des aventures de Black Mamba, le premier volet de Kill Bill confirme son statut de pur défouloir pour un Quentin Tarantino qui était avide de pouvoir s'approprier les codes du cinéma d'action asiatique.

Au niveau narratif, Kill Bill : Volume 2 lève enfin le voile sur toute l'histoire et les motivations des différents personnages. C'est ainsi que l'on apprendra que le massacre de la chapelle des Deux-Pins (et, conséquemment, toute la vendetta de La Mariée) avait pour seule cause une querelle de couple opposant The Bride à un Bill qui concède avoir réagi un peu trop violemment ! Excellant plus que n'importe qui en la matière, Tarantino livre des dialogues phénoménaux qui en disent long sur les personnages et leurs relations, qu'ils soient quasi humoristiques (le monumental monologue de Bill sur la mythologie de Superman), tragi-comiques (l'échange entre Bill et La Mariée dans la chapelle à El Paso,) ou plus graves (le dialogue crépusculaire entre Bill et son frère Budd, la réflexion de Budd et d'Elle Driver sur leur statut d'anges de la mort déchus).

Côté personnages, l'évolution est aussi très significative. Semblant invincible dans ses premières péripéties, The Bride devient ici un personnage beaucoup plus vulnérable, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Du rôle de tueuse sanguinaire, implacable et ivre de vengeance, La Mariée passera progressivement au rôle de mère (la scène oû elle découvre qu'elle est enceinte en dit long sur ce point). Quant aux « bad guys » du film, ils seront largement humanisés par Tarantino, le plus symbolique étant Budd, tueur redoutable devenu un pauvre péquenot, vivant dans une caravane et gagnant sa croûte en travaillant comme videur dans un bar, dont le patron semble pouvoir le traiter impunément comme un moins que rien. Devenu un pauvre mec anonyme, Budd n'est guère plus que l'ombre de lui-même, et fait plus pitié qu'autre chose en semblant attendre que la mort vienne le faucher. Si Elle Driver reste une dangereuse vipère prête à mordre, elle fait aussi preuve d'un certain désarroi, un désenchantement qui transparaît nettement lors de son dernier échange avec Budd. Hantant dangereusement le premier opus de Kill Bill, le personnage de Bill nous est enfin pleinement dévoilé. Bien qu'étant, de son propre aveu, un «murduring bastard», il sera lui aussi considérablement humanisé par un Tarantino qui sait tirer le meilleur de l'une de ses idoles : David Carradine. Dans un rôle littéralement taillé sur mesure (Tarantino a largement potassé l'autobiographie de l'acteur et utilisé ses propres vêtements pour vêtir le personnage de Bill), Carradine livre une prestation absolument époustouflante, et trouve son meilleur rôle à près de soixante-dix ans. Gestuelle, prestance, phrasé, ... David Carradine EST Bill !


Toujours hautement inspiré sur le plan de la mise en scène, et apte à trouver le petit détail qui fait toute la différence (comme la scène claustrophobe de l'enterrement de Black Mamba), Tarantino « cite » abondamment, pour le plus grand plaisir du cinéphile (film noir, western spaghetti, Mister Majestyk, Shogun assassin, ...). La référence la plus réjouissante étant très certainement celle qui est faite au film de kung fu via le personnage de Pei Mei (interprété magistralement par Gordon Liu, mais initialement prévu pour ... Quentin Tarantino !), un redoutable maître chinois âgé de plus de mille ans et diablement cabotin, lustrant sa longue barbe blanche à chaque moment fort, pour le plus grand plaisir d'un spectateur qui jubile.

Au final, Kill Bill : Volume 2 est à la fois une continuité et une rupture, et c'est en ce sens qu'il est diablement intéressant . Ce paradoxe reflète parfaitement la cohérence du cinéma patchwork de Tarantino, assurément l'un des plus grands cinéastes de notre temps, de par sa capacité inouïe à digérer la matière cinématographique pour la faire sienne.

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