Critique : Michou d'Auber

Julien Dury | 25 février 2007
Julien Dury | 25 février 2007

Il y a quelque chose d'un film de science-fiction dans Michou d'Auber. Les routes de campagne où l'on roule sur du Bourvil en traversant des prés reverdissant, le bar où se rassemblent les fiers villageois, tout cela est si stéréotypé que l'on se croit vite dans un univers parallèle. Difficile de croire alors à une véritable reconstitution de la France des années 1960. Une fois ceci établi, il est possible de regarder ce long-métrage comme une foire aux poncifs assez édifiante. L'ancien collaborateur, l'instituteur de gauche éclairée, l'épouse rurale en voie d'émancipation sont tous au rendez-vous tels une étrange galerie de monstres. Dans cette variation déformée sur l'Histoire, le jeune Michou / Messaoud semble le seul garant de normalité. Son drame n'est pas seulement d'être d'origine arabe mais surtout d'être un envoyé du Réel au pays des abstractions. On aura beau lui teindre les cheveux en blond et lui changer son nom, il ne se départira jamais de sa posture d'observateur et finira d'ailleurs par être rappelé à ses véritables origines.

Au lieu de ramener à la réalité ces terres de fiction, sa venue a un effet inverse. Au début du récit, Gérard Depardieu interprète un ancien militaire macho-nationaliste. Bref, un stéréotype du premier degré qui ne se détache pas de la masse des habitués du café du coin. Pas grand-chose à noter, donc. Seulement, notre homme se retrouve entraîné par son fils adoptif dans un foyer musulman au contact duquel il devient brutalement un modèle de tolérance. C'est totalement absurde, certes. Reste que le personnage se mute alors en surhomme qui se met à affronter face à face ses anciens camarades réactionnaires.

Le sommet survient dans une scène de duel au couteau où le héros atteint une dimension surréaliste à laquelle contribue en grande partie le cabotinage mécanique de Depardieu. On peut le dire, à ce moment-là la réalité a perdu le combat. On se met à regarder la suite d'un air béat avec l'impression d'atteindre un niveau de conscience supérieure. En montrant qu'un xénophobe se reconnait forcément à son collier d'oreilles d'Arabes, le film rassure le spectateur quant à sa propre tolérance. Souvent on a pu entendre « Je ne suis pas raciste, j'ai des amis noirs. » Désormais, on pourra dire « Je ne suis pas raciste, j'ai vu Michou d'Auber ».

Ce n'est pas là un film à message, tant son discours sur l'intégration se situe au niveau dépassionné du souvenir personnel. Pas non plus un film à histoire, puisque le scénario en est réduit à se balloter au gré de la dictature des personnages unidimensionnels qui l'habite. La seule conclusion valable est qu'il s'agit d'un film à clichés, fait par eux, avec eux et pour eux.

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commentaires

jtesydui
27/07/2017 à 23:12

tryyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyy

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